« Sa porte », dit V. Le Clerc, « était ouverte aux étrangers qui lui paraissaient dignes de quelque distinction par leur mérite, et à tous les philosophes de l’Asie et de la Grèce. Il en avait constamment plusieurs auprès de lui, qui faisaient partie de sa famille et qui lui furent attachés dans cette familiarité pendant toute leur vie[101]. »

[101] Œuvres complètes de Cicéron, t. I, vie privée et littéraire, 2e éd., p. 311. Cic., De natura Deorum, I, 3.

Il se faisait accompagner, même dans ses voyages à travers l’Italie, du nombreux personnel d’esclaves et de licteurs, qu’il considérait comme nécessaires à sa dignité[102].

[102] F. Antoine, La Famille de Cicéron, Terentia, p. 23. Extrait des Mémoires de l’Académie des sciences de Toulouse, 1889. Cic., Ad Att., XI, 13, 4.

Et cependant l’ambition devait coûter bien plus encore à l’homme politique, que ses goûts mondains ou ses fantaisies d’artiste.

A cet égard, nous avons d’abord les indications générales que nous fournissent, d’une manière certaine, les usages du temps. La correspondance intime nous a conservé, de plus, quelques traits qui nous indiqueront comment il procédait personnellement en cette matière.

Ainsi nous ne savons pas, sans doute, quel fut exactement le chiffre de ses dépenses pour les candidatures aux grandes charges de la préture et du consulat, et cependant on peut affirmer que ce chiffre fut formidable, parce qu’il l’était forcément pour tout le monde à cette époque. Et après le succès, il fallait aussi payer au peuple ces jeux publics qui exigeaient encore des millions.

Cicéron n’a aucune illusion à cet égard ; il faut, à son avis, être très riche pour s’aventurer sur ce terrain, car il écrit au sujet de Milon, qui avait eu pourtant beaucoup d’argent, que ce dernier ne pouvait pas se permettre ces libéralités trop au-dessus de ses moyens. « Quia facultates non erant[103]. »

[103] Ad. Quint., II, 8 (nov. 700-54). Plutarque (Vie de Cicéron, VIII), rapporte que « les Siciliens lui amenèrent, pour les jeux de son édilité, beaucoup d’animaux de leur île, et lui firent de nombreux présents. Il ne profita point de leur bonne volonté pour s’enrichir, et ne s’en servit que pour faire baisser le prix des vivres ».

Au surplus, son frère Quintus le lui écrivait dans sa note sur la candidature au consulat : « Il faut faire les choses magnifiquement ; c’est la condition indispensable du succès ; il faut donner des banquets privés, et aussi des banquets publics aux tribus réunies[104]. Aie soin », ajoutait ce frère très avisé, « que ta candidature soit pleine de pompe, et illustre, et splendide, et populaire, et qu’elle ait un éclat et une dignité suprêmes[105]. »