D’ailleurs, les réformistes ne sont pas d’accord entre eux; c’est ainsi que l’on a vu paraître successivement les systèmes suivants: Ido (alias Ilo), Reformido, Antido, Europal, Dilpok, Auli, Romanal, Omnez, Pankel, Perfekt, etc.
Je n’ai nullement l’intention de m’arrêter à tous ces essais, mais je voudrais dire quelques mots à propos de l’Ido dont on rencontre des partisans dans notre pays; ils ne sont pas nombreux, en vérité, mais ils mènent grand tapage...! pour faire croire à leur importance.
En 1907, j’ai eu le grand honneur (?!) de représenter quatre sociétés, auprès de la «Délégation pour le choix d’une langue internationale». Fonction de la plus haute importance, pour laquelle il faut des capacités toutes particulières, fonction qui impose un travail
rude et de longue durée, pourrait-on croire du moins!... Eh bien! non! Que l’on se détrompe!
Il m’a suffi de donner mon nom et de payer mes cotisations; mon nom, pour m’engager sans doute à faire le sacrifice de mes propres opinions, et mon argent pour soutenir les auteurs d’un acte... inqualifiable! Oui, le mot n’est pas trop fort!
Si invraisemblable que cela paraisse, cinq personnes (y compris les auteurs de l’Ido) se sont mis en tête de proclamer que la Délégation (dont l’auteur de ces lignes et bien d’autres encore, qu’ils ont eu soin de ne pas consulter à ce sujet) adoptait l’Ido.
Chose ignoble: l’un des auteurs de l’Ido avait à la fois si bien caché son projet aux chefs de l’Esperanto et fait preuve de tant de zèle pour leur cause, que le Dr Zamenhof, auteur de l’Esperanto, le choisit pour défendre (on peut juger comment!...) cette langue devant l’aréopage.
Est-ce de la perfidie, oui ou non?
Voilà les manœuvres de cette fameuse délégation! Quelle importance peut-on attacher à ses décisions? Quelle considération doit-on à ceux qui les inspirèrent?
Animé avant tout du désir sincère de voir le monde doté d’une langue auxiliaire internationale, je n’hésiterais pas, je le proclame bien haut, à me rallier aux Idistes et à délaisser l’Esperanto, comme autrefois j’ai abandonné le Volapük, si je rencontrais des motifs analogues à ceux qui alors ont déterminé ma décision. C’est pourquoi, malgré les tristes origines de cette langue Ido, je n’ai pu m’empêcher de suivre ses évolutions. Eh bien, j’attends encore d’avoir trouvé les raisons pressantes qui pourraient m’amener à cette nouvelle volte-face.