[1]Pathétique.


[CHAPITRE SIXIÈME]

MOUVEMENTS

Baptiste Ajamais pouvait longtemps passer pour celui de qui l'on pense: «Cette tête ne m'est pas inconnue». Les piétons du boulevard Saint-Michel qui le voyaient quotidiennement descendre vers les midi avec un livre ou un ami ne l'eussent jamais imaginé membre d'une société secrète.

Cependant l'acier de son regard, sa lèvre hautaine, contribuaient à le trahir personnage plus complexe que ne le décelait une allure paisible et certaine gaucherie des mains, assez paysannes pour ne pas trop déplaire aux filles. Une fois qu'on apercevait en lui un autre homme que ce passant incolore, on était pendant un certain temps, arrêté par sa mimique: une moue, le clignement prolongé des paupières; dans l'attention, le rapprochement des poings serrés; un certain sourire errant dans lequel les dents inférieures mordaient les autres; un rire assez convulsif bien plus aigu que sa voix, d'ordinaire grave avec de brusques cassures; une intonation pour le mot crétin, une autre pour l'expression cher ami; une façon de se frotter les mains, et diverses emphases imprévues. On pouvait encore commettre l'erreur de prendre Baptiste pour le héros amoureux d'une grande dame que Ponson du Terrail appelle immanquablement Raoul. Pour peu que l'on vécût avec lui, cette illusion tombait de soi-même quand on savait le respect dans lequel il tenait l'amour et la place que cette passion occupait dans sa vie. Anicet, voulant peindre son nouvel ami, avait composé un mauvais sonnet qu'il déchira mais dont il conserva le titre et le premier vers:

MONSIEUR BAPTISTE, HAUTE ÉCOLE.

Pour une dame qu'on attend sans y trop croire...

Le modèle trouvait son portrait ressemblant.