—Vous avez les journaux de Paris, Ernest? demanda le vieux Monsieur.

—Ma foi, Monsieur le Notaire, c'est Monsieur qui les a.»

Le consommateur ainsi désigné était un jeune homme de vingt-cinq ans environ, habillé d'un veston droit, étriqué, élimé, lequel laissait voir un gilet très montant orné d'un passepoil blanc sale. Le nœud tout fait qu'il portait était maintenu par une épingle trop petite à l'effigie de la Sainte Vierge et de l'Enfant Jésus, mais pas suffisamment haut pour cacher le bouton d'un col de celluloïd. Il n'y avait de remarquable en ce jeune homme qu'une lèvre inférieure accentuée et des cheveux peut-être un peu trop longs. Le regard disparaissait totalement derrière une paire de lunettes bleues.

«Si vous désirez le Parisien, Monsieur?

—Vous êtes bien aimable, Monsieur, dit le notaire, mais permettez-moi de me présenter: Maître Dorange, Arthur Dorange, ancien notaire. Vous êtes nouvellement établi dans cette ville, Monsieur...?

—Je me nomme Baptiste Tisaneau, et je suis le nouvel employé de l'agence du Crédit National.

—Ah! c'est vous qui remplacez Monsieur Malitorne? Le pauvre homme! Nous ne perdons pas au change. Dans les derniers temps c'était un bien piètre partenaire à la manille. Vous jouez à la manille?

—On a ses petits talents.

—Parfait. Vous serez notre quatrième. Ainsi va la vie: un joueur meurt, un autre vient. On ne s'en porte pas plus mal pour ça. Qu'est-ce que vous prenez?

—Oh! Monsieur le Notaire! Enfin, ça n'est pas de refus. Un vermouth cassis.