—À quelques jeux de dés, on nomme hasards certains points fixes toujours favorables à celui qui tient les dés. C'est pourquoi je crois au hasard.
—Il n'y a pas de hasard.
—On peut formuler ceci; par hasard, il n'y a pas de hasard.
—Vous reculez la difficulté d'un degré. Les devins sont très exactement des hommes qui parlent en connaissance de cause. On nomme aussi hasards les périls.
—Il y a peu de mots qui ne soient à double tranchant. On dit communément qu'aux jeux de hasard, les combinaisons volontaires n'ont point de part. Rien n'est plus vrai ni plus faux. Exemple: la vie.
—C'est parce qu'il n'y a pas de hasard qu'on peut la connaître par avance.
—Je sens bien qu'il est à ma portée de bouleverser, songe-malice du destin, les plans mêmes de la fatalité. Si cela me lient seulement à cœur. Et jusqu'à quel point ma volonté n'est-elle point un hasard, pour que je m'autorise ainsi à la considérer en opposition à ma destinée?
—Bien, jeune homme, bien.
—Qu'est-ce que vous avez à rire?
—Vous devenez peu à peu pareil à tout le monde. Avec une peine immense vous retournez aux idées communes. Vous vous gâchez à merveille. C'est un spectacle assez voluptueux.