Ah! vous doutez de ma sincérité. Eh bien, j’ai connu beaucoup d’hommes qui recherchaient l’obscurité presque complète pour leurs plaisirs. Mais je ne suis pas de leur goût que je trouve offensant pour leurs maîtresses. J’adore la lumière qui prodigue à mes yeux la beauté de celle qui repose entre mes bras. Si j’avais été roi, j’aurais voulu fonder ma dynastie au milieu du bouquet d’un feu d’artifice. Mais je sais que cette impatience du soleil, là où l’ombre est plus généralement appréciée, m’est une particularité de nature, un atavisme amoureux dans les cultes lointains de Zoroastre. Pour ceux qui estiment, comme les matous, que la nuit est le meilleur temps pour aimer,—et encore les chats dédommagent leurs oreilles de ce que ne voient pas leurs yeux—la question que vous posez, Madame, se résout évidemment d’elle-même. Le visage, qu’il soit beau ou défectueux, disparaît; mais, sous le toucher, la perfection savoureuse du corps demeure; la source des joies infinies et des impressions ineffables ne se tarit pas dans les ténèbres; le sentiment divin des formes triomphantes ne s’abolit pas dans l’ombre. C’est là vraiment qu’est la victoire de la femme dont les reliefs tentants ne sont ni des illusions ni des mensonges. La main tremblante fait revivre tous les souvenirs des yeux charmés, en égrainant le rosaire des admirations mystiques et des ferventes caresses. Joies sublimes d’Homère aveugle s’acharnant au seul poème immortel, l’Iliade des féminines grâces.

III

Vous le voyez, mon parti est bien pris, Madame. Je souhaite qu’il soit dans le sens où vos intérêts amoureux sont le mieux servis. Dans la pratique, il est souvent difficile à prendre, parce que la bégueulerie contemporaine ne permet pas de s’éclairer sur toutes les pièces du procès. On reconnaît immédiatement une femme laide de visage. Mais une femme belle de corps ne se révèle, sans se livrer, qu’à certains délicats, sachant du premier coup déshabiller la femme, sans toucher à une agrafe de son corset ni à un cordon de ses jupons. C’est un art suprême, mais qui demande une expérience longue et souvent coûteuse à acquérir. Ce que les femmes vous font payer ces leçons de choses! Mais passons. La morale—il y en a toujours une dans mes précieuses dissertations—est qu’il ne faut jamais condamner une femme sur son visage et la proclamer laide parce qu’elle a les traits peu plaisants. Un chercheur consciencieux, un érudit sincère, un magistrat intègre s’efforce de lui faire montrer le reste avant de la juger. C’est une façon de procès qui n’a rien de déplaisant à instruire, une jurisprudence dont on se farcit sans ennui, une méthode de continuer Cujas que je conseille aux amateurs d’agréables surprises. On n’y saurait trop reproduire la scène du crime. Cultivez, mes enfants, ces Pandectes-là!

VII

Le bon parjure