Amants fervents et pensifs, pour qui j’écris d’ordinaire, pardonnez-moi cette incursion mélancolique dans un monde où ne fleurissent pas les sincères tendresses, celles qui se cachent pour être heureuses. Vous êtes les hôtes du rêve immortel d’où je voudrais exiler tout ce qui rappelle les laideurs de la vie. Pour chasser loin de vous, comme un air mauvais, les tristesses de cette prose attardée à d’inutiles réalités, laissez-moi vous dire, avant que le printemps nous quitte, une chanson de printemps faite pour vous:
C’est l’âme des beaux jours qui nous fait le ciel bleu;
Qui chante, au bord des eaux, dans le frisson des saules,
Et le soleil déjà change, en perles de feu,
Les pleurs que le matin secoue à ses épaules.
L’esprit des fleurs s’éveille au caprice de l’air
Et porte, sur nos fronts, de troublantes caresses.
Enferme en toi, mon cœur, l’universelle ivresse.
Voici le temps d’aimer sous le ciel doux et clair!
Voici le temps de croire aux mensonges du rêve,