FRANÇAIS ET ESPAGNOLS
C'est, je crois, un sujet très délicat. Il faut y être maître-équilibriste pour ne pas tomber dans de lamentables méprises. Parler en ce moment des relations entre Français et Espagnols sans blesser les uns ni les autres, c'est une entreprise dont les dangers devraient me faire reculer. «Taisez-vous! méfiez-vous! Les oreilles ennemies vous écoutent», disent partout à Paris des écriteaux. Je ne suivrai pas ce conseil. J'ai, pour me risquer sur la corde tendue, un balancier dont je me suis toujours servi avec bonheur. Ce balancier, c'est la sincérité.
Mais l'écriteau en question se prête au commentaire. Tout d'abord il montre que le caractère français est expansif. Les Berlinois n'ont sans doute pas eu besoin de pareil avis. Et si mes compatriotes les Galiciens étaient en guerre avec une autre puissance européenne (mais ils ne se mettront jamais dans ce cas), ils n'en auraient pas besoin non plus.
J'avais un ami, précisément un Galicien, que je rencontrais dans la rue après une longue séparation.
—Quand donc êtes-vous arrivé? lui demandai-je.
—Il y a trois jours, me répondit-il.