Cap-Breton-sur-Mer, 28 août 1916.

La vieille histoire que nous avons apprise enfants, d'un peuple cheminant dans le désert guidé par un nuage de feu, cette vieille histoire est le symbole de la marche de l'Humanité sur la terre.

Vous rappelez-vous combien de fois, se détachant du seul vrai Dieu, ce peuple tourna le dos à son chef et se laissa tomber dans les bras d'une immonde idolâtrie? Suivez les pas du genre humain à travers l'histoire et vous verrez le même acte attristant de déloyauté se reproduire sans cesse. Le fanatisme, la superstition, l'idolâtrie nous épient toujours dans notre pérégrination et nous tendent des lacs que nous ne pouvons éviter.

La présente guerre a mis en évidence l'un des plus funestes de ces lacs où soit tombée notre pauvre Humanité.

Certes nous les admirons, ces savants qui nous parlaient des molécules comme s'ils eussent dansé toute la vie avec elles, qui nous en contaient les secrets les plus intimes et, comme le serpent du Paradis, nous laissaient entrevoir à travers de fallacieuses paroles que le jour était proche où toute la science du Bien et du Mal nous appartiendrait.

Mais qui donc se souvient de Dieu! qui parle d'immortalité! Ouvrez un des livres allemands de ces dernières années et, au milieu de minutieuses analyses consacrées à quelque particularité de la science, vous surprendrez une attaque intempestive, furieuse, contre ce que ces savants appellent la «dégradation théologique», une flambée de haine contre la superstition théiste.

Il n'y a qu'une seule divinité: la Vérité scientifique. Si au lieu d'avoir un culte et de l'adoration pour elle, nous courons nous prosterner devant les autels du vétuste Dieu de nos pères, les savants modernes nous menacent d'éternelle condamnation intellectuelle. Le magnifique édifice des sciences physiques doit remplacer le monument ruineux de la théologie. Toutes nos croyances et tous nos espoirs sont de pur subjectivisme. Il faut se garder de la foi comme d'une maladie contagieuse. Croire en quelque chose qui ne soit pas évident à la raison, c'est pécher ouvertement contre elle. Avoir foi en Dieu et dans l'immortalité sans aucune preuve qui justifie cette foi, c'est se donner un plaisir coupable, c'est d'une immoralité profonde.

Le vieil Hœckel, le savant le plus fameux de l'Allemagne moderne, nous convie à adorer l'éther cosmique. Tout en sort, tout y rentre. Agenouillons-nous et chantons: «Saint, immortel Saint!»