— A rien… je te le demande.
— Oui… il est parti je ne sais où… mais il rentrera sûrement vers huit heures au plus tard… car jamais il ne passe la nuit dehors… C’est un homme rangé, trop rangé même ! Dès qu’il a dîné, il se couche et c’est bien là le mauvais côté de la place… Mais je t’expliquerai cela plus tard… Pour l’instant, nettoyons d’abord l’auto, puis nous irons nous mettre à la disposition de Betzy, la femme de chambre… C’est une bonne fille à laquelle je ne crois pas être indifférent… — et Slang eut un petit coup d’œil lascif — il suffira que je lui dise que tu es mon cousin pour qu’elle te reçoive en ami… D’ailleurs Betzy a besoin de moi… je lui rends quelques services et elle m’en est reconnaissante… Allons, à l’ouvrage, fellow, nettoyons la guimbarde… oh !… quelle poussière ! bon Dieu ! quelle poussière !
— Ai-je besoin de dire que Slang ne m’aida pas une minute ?
Cet homme était réellement un slothful à qui le travail répugnait et dont l’unique préoccupation était de vivre sans rien faire… Or la paresse mène à tout… même au crime !
Je tenais décidément ma piste ; il ne me manquait plus que la bottine.
Quand l’auto fut nettoyée, nous la roulâmes sous la remise, puis Slang me conduisit à la villa dont il me fit les honneurs avec une affectation qui décelait en lui le goût du confort et du luxe : deuxième circonstance aggravante.
Il m’ouvrit toutes les portes pour me montrer une série de pièces meublées avec un grand souci d’élégance et dont je connaissais déjà certaines pour y avoir été reçu par M. Crawford : le petit salon notamment, et le jardin d’hiver ainsi que le fumoir entièrement plaqué de bois des îles comme l’intérieur d’une immense boîte à cigares.
Ce Slang me connaissait à peine et il m’initiait sans scrupules aux aîtres de la maison.
Comme on sentait bien l’homme qui a déjà des projets en tête et qui ne tient plus guère à sa place ! Sûrement il avait dû trouver un magot chez M. Chancer et, un beau matin, il allait filer à l’anglaise, si je lui en laissais le temps…