—Entrez, dit une voix enrouée.

J'entrai en coup de vent, le revolver à la main. Mais, à ma grande surprise, au lieu de me trouver en présence du vieux monsieur que je croyais bien rencontrer, j'étais en face d'un homme de quarante ans environ, très blond et le visage entièrement rasé.

J'allais me retirer, en m'excusant comme je pourrais, quand Manzana s'écria tout à coup:

—Allez-y!... allez-y!... c'est lui, je le reconnais!

En effet, moi aussi, je venais de reconnaître mon voleur... Au lieu d'avoir les cheveux blancs, il était blond et la barbe vénérable qu'il arborait la veille avait disparu, mais ce qu'il n'avait pu changer, c'étaient ses yeux, deux yeux noirs étranges et brillants dont l'un était un peu plus petit que l'autre.

D'ailleurs, si j'avais pu conserver encore quelques doutes, la jeune femme de la veille se fût chargée de les dissiper, car elle venait soudain de sortir du cabinet de toilette attenant à la chambre.

J'avais refermé la porte et je tenais mon arme braquée sur notre voleur. Je remarquai aussitôt que cet individu ne brillait point par le courage. Il me regardait avec un effarement ridicule et tremblait comme un chien mouillé.

Déjà mon associé s'était jeté sur la femme, l'avait bâillonnée avec une serviette et roulée dans une couverture dont il avait solidement noué les deux extrémités.

—A celui-là, maintenant! commandai-je.

Manzana, avec une habileté qui dénotait une longue pratique, bâillonna également l'homme et lui attacha bras et jambes avec les embrasses des rideaux.