—Déshabillez-vous, me dit le gardien.
J'obéis, et troquai l'élégant costume que je devais à la générosité de MM. Robinson and Co contre l'affreuse houppelande des détenus, une sorte de «combinaison» de toile grise parsemée d'as de trèfle[3].
J'étais maintenant métamorphosé en clown, et je suis sûr que j'eusse obtenu un joli succès en figurant, sous cet accoutrement, dans une pantomime de l'Olympia.
Je fus ensuite conduit chez le «hair dresser» qui me rasa le visage et la tête à la tondeuse, puis, après avoir assisté à un office que marmotta exprès pour moi l'aumônier de la prison (coût: un shilling six pence), je fus «incarcerated» dans la cellule 33 qui devait, pendant cinq années, abriter feu Edgar Pipe!
Seul... j'étais seul!...
A partir du moment où j'avais franchi le seuil de ma geôle, je demeurerais séparé du monde... Le seul être que j'apercevrais—et encore à travers un judas—serait un gardien indifférent et maussade. Je devrais souffrir en silence, ronger mon frein dans l'isolement le plus complet, oublier jusqu'à la voix humaine... Les printemps succéderaient aux hivers, les automnes aux étés, et je serais toujours là, entre ces quatre murs, pendant qu'au dehors, sur les jolies pelouses de Reading, les bourgeois de Londres, ivres de soleil et le cœur en fête, célébreraient joyeusement les jours de repos avec leurs familles ou leurs maîtresses...
Je me jetai sur mon lit et pleurai comme un enfant...
En adoptant la dangereuse profession de cambrioleur, je savais certes à quoi je m'exposais... Je n'ignorais pas qu'un jour ou l'autre la société me contraindrait à une villégiature forcée dans quelque geôle du Royaume-Uni, mais je ne m'étais jamais imaginé que la claustration fût une chose aussi pénible.
D'abord, je fus en proie à une sorte d'anéantissement, de stupeur, puis une rage folle s'empara de moi et je me demandai un moment si je n'allais pas me briser la tête contre la muraille.
A la nuit tombante, je retrouvai cependant un peu de calme et fis honneur au maigre repas qu'on me passa par un guichet.