Je me déshabillai dès que retentit la cloche du coucher et me glissai sous ma couverture, mais il me fut impossible de fermer l'œil.
Quand neuf heures sonnèrent à l'horloge de Reading Gaol qui possède, par parenthèse, un carillon des plus sonores, je me levai, en proie à une impatience fébrile et me mis à arpenter, pieds nus, ma cellule. Je montai ensuite sur une chaise et cherchai à jeter un coup d'œil par la fenêtre. Au prix de difficultés inouïes, je parvins à me hisser jusqu'à l'entablement et y demeurai suspendu.
Des ombres passaient et repassaient dans une grande cour à demi obscure; c'étaient probablement des gardiens qui allaient prendre leur service de nuit.
De temps à autre j'entendais de longs appels, un grand bruit de verrous et, par-dessus tout cela, le ronflement sourd et régulier de la machine à vapeur qui distribue l'électricité dans la prison.
Enfin, vers dix heures, les couloirs et les fenêtres des cellules furent moins lumineux et un silence relatif remplaça le vacarme de tout à l'heure.
Je me recouchai. Mille idées plus confuses les unes que les autres se heurtaient dans mon cerveau, et parmi elles, il en était une qui m'obsédait, me revenait continuellement à l'esprit: «Si je m'évadais?»
La chose ne me semblait pas impossible, en somme. Ma cellule était au rez-de-chaussée, et j'avais remarqué que les barreaux de la fenêtre étaient très espacés... l'un d'eux n'avait même pas l'air bien solide...
Pendant quelques instants, j'élaborai tout un programme d'évasion, que le raisonnement me fit bientôt repousser.
M'enfuir? Est-ce que je le pouvais?
Et mon diamant?...