—Je ne fais jamais payer mes services, quand il s'agit d'obliger des amis... Vous êtes de braves gens, vous avez eu pour moi trop de bontés pour que j'accepte quoi que ce soit... Je ne suis qu'un simple marin, mais j'ai du cœur... et quand je me dévoue, c'est sans arrière-pensée...
M. et Mme Pickmann étaient ébahis. Jamais ils ne se seraient attendus, c'est certain, à rencontrer tant de désintéressement chez un vulgaire matelot...
Ils me serrèrent les mains avec effusion, les larmes aux yeux, en me comblant de bénédictions.
Les deux nigauds étaient pris au piège et j'étais, maintenant, le maître de la situation.
A quelques jours de là, au moment où nous approchions des Canaries, je simulai tout à coup une vive inquiétude, et Mme Pickmann, remarquant mon air soucieux, me demanda avec intérêt:
—Qu'avez-vous donc, mon bon Colombo, vous serait-il arrivé quelque chose?
—Non... répondis-je... non... rien du tout...
—Mais vous paraissez préoccupé?
—En effet... il y a en ce moment de vilains nuages à l'horizon.
—Grand Dieu!... allons-nous avoir une tempête?