—Non... il ne s'agit pas de cela. Demeurez dans votre cabine... N'en bougez pas surtout avant que je revienne...
Et je sortis, laissant mes deux oiseaux dans les transes.
Suivant ma tactique habituelle, je graduais savamment mes effets, sachant par expérience que c'est le meilleur moyen d'affoler ceux que l'on veut perdre.
Au bout d'une heure, je reparus, complètement rasséréné.
—Tout va bien, maintenant, dis-je d'un ton joyeux...
—Que s'est-il donc passé, mon bon Colombo? demanda Mme Pickmann...
—Oh! rien, répondis-je, mais j'ai craint un moment que nous n'ayons une visite... Une chaloupe à vapeur venait droit sur nous... Il paraît que ceux qui la montaient se sont contentés des signaux que leur a faits le capitaine car ils ont immédiatement viré de bord... Puissions-nous être aussi heureux une autre fois...
M. et Mme Pickmann étaient maintenant tranquillisés... Ils se mirent à table et firent honneur au repas que je leur servis.
Certes, ces repas étaient loin d'être succulents!... Ils étaient, comme on sait, préparés par Zanzibar, et le brave nègre nous confectionnait des plats qui eussent sans doute flatté le palais des Canaques mais qui n'avaient rien pour flatter celui des Européens... C'étaient toujours des salmis épicés, pimentés, où dominait un affreux goût de cannelle et de clou de girofle...
Heureusement M. et Mme Pickmann, comme tous les gens habitués aux tristes nourritures de Soho Square, n'étaient pas difficiles. Ils mangeaient comme quatre, buvaient comme six et se déclaraient satisfaits du régime du bord. Moi qui étais plus délicat, je préparais mes plats moi-même, au grand désespoir de ce pauvre Zanzibar qui multipliait ses mélanges, persuadé qu'un jour ou l'autre, je finirais bien par le féliciter sur sa cuisine.