Brave Zanzibar! c'était un bon celui-là et il s'était sincèrement attaché à moi. Il n'y a que dans ces cœurs simples que l'on trouve une réelle affection. Il était aux petits soins pour moi et s'ingéniait à m'être agréable.

C'était le seul être que je fréquentasse à bord—hormis M. et Mme Pickmann, bien entendu.

D'ailleurs, je ne me trouvais point en contact avec les hommes de l'équipage, car je ne couchais même plus dans mon hamac. J'occupais avec Zanzibar une cabine d'entrepont où il y avait deux lits—deux cadres plutôt. Le capitaine avait bien fait quelques difficultés avant de m'autoriser à prendre un de ces lits qui était celui du steward, mais enfin, il y avait consenti en maugréant. Master Ross n'ignorait point que j'étais au mieux avec ses deux passagers et, bien que cela lui déplût souverainement, il avait assez d'esprit pour ne rien laisser paraître de sa mauvaise humeur.

Un jour, cependant, il me fit appeler et me dit:

—J'ai remarqué que M. et Mme Pickmann vous traitent, non pas en domestique, mais en ami. Vous êtes un roublard, vous avez su les empaumer... Moi, je m'en fiche... du moment qu'ils sont satisfaits de vous, je n'ai rien à dire... Cependant, puisqu'ils vous ont pris tout à fait à leur service, il est assez naturel qu'ils vous paient... Arrangez-vous avec eux comme vous l'entendrez, mais moi, je vous supprime votre solde.

—C'est bien, dis-je, je m'entendrai avec eux...

Je me gardai, bien entendu, de rapporter cette conversation à mes amis... D'ailleurs, je m'en moquais de ma solde... N'était-ce pas moi le plus riche du bateau? Il est vrai que ma fortune reposait uniquement sur un diamant dont je ne pouvais me débarrasser, mais j'espérais bien qu'avant peu ma situation se modifierait sérieusement et que je jouirais enfin d'une tranquillité bien gagnée.

Oh! ce diamant! Quelles tortures il m'avait fait endurer! Ce n'est qu'à force d'émétique que j'étais parvenu à le «désingurgiter», mais il avait dû sérieusement me détériorer l'estomac, car j'étais parfois pris d'atroces douleurs, qui me faisaient pousser des hurlements.

XV