Cette petite promenade n'avait pas été inutile. Elle m'avait permis de jeter un coup d'œil sur le port où de nombreux bâtiments, les uns chargés de bananes, les autres de tonneaux de vin, s'apprêtaient à prendre le large. Je vis aussi deux ou trois vapeurs dont l'un, qui portait le pavillon espagnol, allait se mettre en route pour Cadix, ainsi que me l'apprit un marin anglais qui fumait sa pipe à l'ombre d'une véranda, devant un flacon de whisky.
Dès que j'eus rallié le Sea-Gull, et rendu compte de ma mission à Maître Ross, j'allai porter à M. et Mme Pickmann le repas qu'avait préparé Zanzibar. Je les trouvai complètement remis de leur malaise. Ils avaient fait toilette, et semblaient m'attendre avec impatience.
—Ah! mon bon Colombo, s'écria Mme Pickmann dès que j'entrai dans la salle à manger, quelle aventure! Jamais je n'aurais cru que le mal de mer pût rendre si malade... Si cela devait recommencer, j'aimerais mieux débarquer tout de suite.
—Libre à vous, répondis-je... la ville est curieuse à visiter... et si vous voulez, après déjeuner, aller vous dégourdir un peu les jambes...
—Non... répondit sèchement Pickmann... D'ailleurs, je ne me sens pas bien...
Il s'assit avec sa femme devant la table où je venais de déposer un plat de poisson, et demanda soudain:
—Est-ce anglais, Santa-Cruz?
J'eus peine à réprimer un sourire devant tant d'ignorance.
—Non... répondis-je... c'est une possession espagnole...
—Ah! oui... c'est vrai... je ne sais où j'avais la tête... J'espère qu'on ne va pas venir à bord opérer une visite, au moins?