D'ailleurs, le cambrioleur qui oblige ses semblables est, à mon avis, plus estimable que le riche qui ne dénoue jamais les cordons de sa bourse...
Mon existence à Montmartre était celle d'un petit rentier, et les gens qui me voyaient passer ne se doutaient certes point que j'étais un millionnaire. Il est vrai que rien ne distingue le millionnaire des autres hommes.
Un jour que dans la rue Tholozé j'avais été surpris par la pluie, et me hâtais vers un café tout proche, j'aperçus devant moi une femme simplement mise, mais joliment bien tournée, ma foi. Elle portait une de ces enveloppes en serge noire que les Parisiennes appellent «une toilette»—je n'ai jamais pu savoir pourquoi—et cette toilette qui devait être pleine d'étoffes ou de lingerie paraissait fort lourde, car à chaque instant la femme la faisait passer d'un bras à l'autre. L'eau ruisselait sur la pauvre petite robe de l'ouvrière et dégouttait de son modeste chapeau dont les bords s'étaient à demi rabattus. Galamment, je m'avançai, avec mon parapluie (un bon Anglais, quand le temps n'est pas sûr, a toujours la précaution de prendre son parapluie et de relever le bas de son pantalon).
—Mademoiselle, dis-je d'une petite voix flûtée, voulez-vous me permettre de vous abriter?
—Vous êtes bien aimable, monsieur... je vous remercie beaucoup...
Et, en disant ces mots, la femme tournait vers moi son visage rose.
—Edith!... ma chère Edith!
—Edgar!... quoi... c'est vous!... Ah! quelle surprise!
—Ma petite Edith!...
Et, prenant sa «toilette», je la passai à mon bras...