--Oh! ne protestez pas. J'ai un cousin dans le métier, il crève de dépit quand je l'entretiens de mes succès dans le monde. Comment avez-vous pu, joli garçon comme vous êtes, songer à faire du commerce?

--Mais, vous vous trompez, je ne suis pas commis de magasin. J'ai n'ai même rien commis du tout.

--Bravo! Vous avez presque autant d'esprit que moi. J'aurais grand plaisir à mous appeler confrère.

--Eh! bien, ne vous gênez pas, j'entre demain au Populiste.

Le sort en était jeté, il avait dit le mot qui le liait dans son esprit. Il en éprouva un grand soulagement. Dans sa joie de se sentir allégé du fardeau de l'indécision, il offrit un petit verre de quelque chose au confrère; ce dernier accepta après s'être fait un peu tirer l'oreille, comme si ça n'avait pas été dans ses habitudes d'escamoter ainsi des consommations en affichant son titre de reporter à l'Éteignoir.

On se sépara les meilleurs amis du monde.

Le lendemain, Paul Mirot, qui avait élu domicile dans une maison meublée de la rue Dorchester, commençait son apprentissage de journaliste avec un salaire des plus modestes.

Quand il arriva au Populiste, son ami Jacques, revenu le matin même de Sainte-Marie Immaculée, penché sur son pupitre, dans un coin, au fond de la salle de rédaction, se hâtait de terminer son compte-rendu de la bénédiction d'une chapelle, qui avait eu lieu la veille dans un village de colons du Nord. Conformément aux instructions qu'il avait reçues, dans un style approprié à la circonstance, il délayait au crayon, sur d'innombrables feuillets de copie, les épithètes ronflantes, les mots à mille pattes, composant les phrases filandreuses, pleines d'onction et d'encens. Parfois, il s'arrêtait d'écrire pour se gratter la jambe. Marcel Lebon ne s'était pas trompé, les puces de cette région à demi sauvage avaient fait à "l'envoyé spécial du Populiste," l'honneur de l'accompagner jusque dans la métropole.

Paul Mirot l'aperçut, aussitôt, et s'empressa d'aller le surprendre à son travail. Il reçut de Vaillant l'accueil le plus chaleureux: