--I am your wife. If they come again to kill you, I will die with you!
La police garda les abords du Le Flambeau jusqu'au soir, mais aucun des Paladins, fort malmenés par les agents, ne se montra de nouveau. A six heures, les employés partis, après avoir donné ses instructions au gardien de nuit qui venait prendre son poste, Jacques Vaillant s'en alla à son tour, accompagné de sa femme.
Le temps s'était quelque peu refroidi. Un fort vent de l'est faisait grésiller le verglas sur les bâtisses et dans la rue. On avait peine à se tenir debout sur les trottoirs glacés. Par ce temps dangereux pour les rhumes et les bronchites, on s'entassait dans les tramways et les piétons étaient rares. La vaillante américaine entraîna son mari et voulut quand même se rendre à leur demeure à pied. Elle glissait à chaque instant et cela l'amusait beaucoup d'obliger son Jacques à faire de capricieuses pirouettes en la soutenant pour l'empêcher de tomber. Les émotions de l'après-midi avaient rendu encore plus amoureuse cette fille de créole.
Ce fut une nuit heureuse.
Le bonheur enchanta les époux enlacés au rythme du vent soufflant par saccades ou se mourant dans une soudaine accalmie, à laquelle succédait la rafale étouffant les bruits du dehors. Ils oublièrent l'avenir menaçant, les Paladins de la Province de Québec hurlant de délire fanatique, dans leurs pâmoisons plus humaines et meilleures, tant il est vrai que les joies de l'amour ne sauraient être comparées aux satisfactions de la haine assouvie.
Cependant, la haine accomplissait aussi son oeuvre à la faveur de la tempête et du vent; car le lendemain, à leur réveil, Jacques et Flora apprirent que Le Flambeau n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes.