--L'amateur, c'est moi.
--Ce n'est plus la même chose. Pour toi, ce ne sera rien. Je te le donne en paiement des articles élogieux dont tu m'as bombardé dans Le Flambeau et Le Dimanche. Ces articles m'ont fait beaucoup de bien: ils m'ont débarrassé d'une bande de crétins qui venaient m'ennuyer chaque jour, et m'ont valu quelques commandes en plus. C'est tout de même un joli cadeau. Regarde-moi cette ligne, ce velouté, cette pose gracieuse de lassitude.
--Je voudrais bien connaître le modèle qui a posé pour cette nymphe.
--Bah! une vulgaire pétasse aujourd'hui. Tu es en retard. Autrefois, quand elle m'a posé cette bonne-femme, elle était fort gentille. Oh! si elle avait voulu m'écouter. Mais elle a eu le malheur de rencontrer Solyme Lafarce, qui l'a entraînée dans la débauche la plus crapuleuse. Je n'ai plus voulu la recevoir, je l'ai flanquée à la porte.
--Serait-ce la belle May, de la rue Lagauchetière?
--Tu la connais?
--Solyme Lafarce a voulu me la faire connaître, un soir que nous l'avons rencontré, Jacques et moi, et qu'il était gris.
--Et puis après?
--Après, je l'ai vue passer dans la rue. Et c'est tout.
--Tant mieux pour toi.