--Il vient de ce côté... Oh! mais il n'est pas seul. Il est avec la nièce de cet homme qui mange beaucoup.
Paul Mirot, un peu pâle, voulut dire un mot à ses amis, en passant, mais Germaine, que l'avait complètement accaparé, l'entraîna vers le buffet où ils se trouvèrent face à face avec Blaise Pistache. Le secrétaire de la rédaction au Populiste, fit un assez bon accueil au jeune homme, pour ne pas froisser sa nièce. Il se permit cependant quelques recommandations dont cette enfant gâtée se moqua lorsqu'elle se perdit de nouveau dans la vaste salle après avoir grignoté quelque chose, au bras de Paul qu'elle emmenait à la recherche d'un coin discret de salon. Le gros homme, en les regardant s'éloigner, se soulagea d'un mot familier:
--Déplorable! Déplorable!
Et il se remit à boire et à manger sans plus se soucier de personne.
Germaine Pistache avait en tête une idée qui dominait toute autre préoccupation, celle d'amener le jeune homme à lui déclarer qu'il l'aimait; car, malgré sa réserve polie, Paul n'était pas indifférent à son charme captivant de jeune fille, elle le savait, elle était déjà trop femme pour ne pas pressentir cet amour, pour ne pas comprendre que cette froideur n'était qu'une discrétion voulue, de la méfiance, peut-être. Sur le divan dissimulé par une tenture, où ils s'étaient assis, Germaine se montra câline, enveloppante, ses yeux brillaient d'une flamme amoureuse, elle perdait la tête, un peu. Et, lui, allait la prendre dans ses bras, lui dire: "Je t'aime", lorsque des pas se rapprochèrent, des voix d'hommes rompirent le charme. C'étaient deux échevins qui causaient derrière la tenture. L'un disait:
--Cette question de gondoles me paraît bien compliquée. Enfin, pourquoi demandes-tu des gondoles au parc Lafontaine?
Et l'autre représentant le quartier aux gondoles, répliqua:
--Ce sont mes électeurs que le veulent. Moi, je ne connais pas ça. Mais j'ai une idée.
--Ah!
--Si la ville en achetait un couple?