Il se repentit, six jours après, d'avoir pris ce ton des contes de Voltaire: madame du Chastelet mourut. Il la pleura de toutes ses larmes, quoique une bague à secret, où le portrait de Saint-Lambert avait remplacé le sien, qui avait remplacé celui du duc de Richelieu, qui avait remplacé... lui eût tout appris. Ce bon M. du Chastelet était présent à cette découverte, pleurant comme Voltaire de toutes ses larmes. «Monsieur le marquis, lui dit le poëte, voilà une chose dont nous ne devons nous vanter ni l'un ni l'autre.»

Il y avait vingt ans que Voltaire vivait avec madame du Chastelet dans la philosophie de l'amour ou dans l'amour de la philosophie. Ils avaient approfondi ensemble tous les systèmes; ils avaient chanté les atomes crochus; ils avaient voyagé dans le même tourbillon. En un mot, ils s'étaient inquiétés de tout, hormis du lendemain.

Le lendemain, Voltaire pleurait, et la marquise du Chastelet, couchée sur un brancard couvert de fleurs, était exposée dans la salle de spectacle où quelques jours auparavant elle jouait la comédie. Comédie de la vie, comédie de la mort, Voltaire ne savait que la première.

Voltaire, inconsolable, voulut consoler M. du Chastelet. C'est le dernier trait de la comédie. «Mon cher Voisenon, quel jour malheureux! J'irai verser dans votre sein des larmes qui ne tariront jamais. Je n'abandonne pas M. du Chastelet. Je reverrai donc ce château, où j'espérais mourir dans les bras de votre amie.» A Cirey, il écrit à M. d'Argental que le château est devenu pour lui un horrible désert. Cependant les lieux qu'elle habitait lui sont chers; il aura une sombre joie à retrouver les traces de son séjour à Paris. Il s'écrie qu'il n'a pas perdu une maîtresse, mais une moitié de lui-même, une âme sœur de la sienne. Il revient à Paris pâle comme un trappiste. Est-ce bien là Voltaire qui riait toujours? On le plaint, on se moque de lui. Mais combien pleurera-t-il de temps? Un peu moins de six semaines!

Saint-Lambert pleura quinze jours; le mari seul ne se consola pas.

VIII.
MADEMOISELLE QUINZE ANS.

Je ne veux pas m'égarer plus longtemps dans les juvenilia du roi Voltaire. Par exemple, j'ai oublié de conter son aventure avec la Duclos, qu'il chansonna cavalièrement. Quand mademoiselle Gaussin lui rappela Adrienne Lecouvreur, il voulut retrouver en elle sa tragédienne et sa maîtresse; mais déjà la marquise du Chastelet l'enchaînait à sa ceinture, qui n'était pourtant pas la ceinture de Vénus. Mademoiselle Gaussin emporta dans les coulisses le dernier rêve amoureux de Voltaire devenu sage. Mademoiselle Clairon, qui le caressa beaucoup, fut bien plutôt pour lui la muse que la femme. Il joua la tragédie avec elle, mais ne joua pas au jeu de l'amour.

Est-ce bien la peine d'indiquer que Voltaire fut en galanterie à Londres avec quelques ladies et quelques filles perdues? Il fut surtout amoureux de Laura Harley, une Desdémone de boutique qui avait pour mari milord Othello. Voltaire lui écrivit des vers anglais:

Voulez-vous de vos yeux connaître le pouvoir,

Regardez donc les miens, qui ne font que vous voir.