Le Kain rappelle aussi qu'à la troisième représentation de Mérope, «M. de Voltaire fut frappé d'un défaut de dialogue dans les rôles de Polyphonte et d'Érox. De retour chez madame la marquise du Chastelet, où il avait soupé, il rectifia ce qui lui avait paru vicieux dans cette scène du premier acte, fit un paquet de ses corrections, et donna ordre à son domestique de les porter chez le sieur Paulin, homme très-estimable, mais acteur très-médiocre, et qu'il élevait, disait-il, à la brochette, pour jouer les tyrans. Le domestique fit observer à son maître qu'il était plus de minuit, et qu'à cette heure il lui était impossible de réveiller M. Paulin. «Va, va, lui répliqua l'auteur de Mérope, les tyrans ne dorment jamais.»»
VI.
LE SACRE DE VOLTAIRE.
Ce fut au Théâtre-Français, à une représentation de Mérope, que Voltaire comprit pour la première fois sa royauté[48].
Il était dans la loge de la maréchale de Villars, assis entre elle et sa belle-fille, la duchesse de Villars. Le parterre se tourna vers lui pour l'acclamer. Tous les spectateurs auraient voulu se jeter dans ses bras. «Eh bien! dit un enthousiaste, que madame la duchesse de Villars l'embrasse pour tout le monde.» La maréchale de Villars—celle-là que Voltaire avait adorée—se leva pour embrasser le poëte. «Non, non! la plus jeune!» s'écria-t-on de tous les points de la salle.
Voltaire aurait pu lui dire, à cette amoureuse rebelle: Il est trop tard.
La jeune duchesse, très-émue, tout à la fois pâlissante et rougissante, se leva à son tour et embrassa Voltaire avec une grâce aristocratique, mais avec une bonne grâce plébéienne.
Ce baiser du parterre par la bouche de la belle duchesse fut le sacre de cette royauté du droit humain.