Prête à ma faible voix des sons mélodieux;

A mon feu qui s'éteint rends sa clarté première:

C'est du Nord aujourd'hui que nous vient la lumière.

C'était la lumière par réverbération, mais c'était la lumière. Catherine, il est vrai, ne dédaignait pas alors de scintiller dans le ciel du Midi[75], car elle répondait à Voltaire en lui envoyant une fourrure contre la fraîcheur des Alpes: «Lors de votre entrée dans Constantinople, j'aurai soin de faire porter à votre rencontre un bel habit à la grecque, doublé des plus riches dépouilles de la Sibérie.» Mais la reine de Saba n'entra pas à Jérusalem et Voltaire ne porta pas d'habit à la grecque.

Voltaire mettait tout en œuvre. Il disait que l'argent était l'âme de la guerre; aussi il avait son ministère des finances[76]. Le premier ministre en date, le plus connu, le meilleur, a été l'abbé Bonaventure Moussinot, docteur en théologie et chanoine de la paroisse Saint-Merry.

Ne semble-t-il pas étrange que Voltaire, qui n'a guère foi dans l'Église, choisisse un chanoine pour ministre des finances?

Voltaire avait toute confiance en son ministre. Il ne voulut voir qu'une fois le grand-livre de la dette publique, tenu par le chanoine. Il s'en rapporta toujours à sa parole. Il avait raison, jamais ministre des finances n'administra une fortune royale avec plus d'économie. Dans ses mains, l'argent de Voltaire devint or. Et pourtant, que d'argent donné ou prêté sans intérêts! Le poëte eut beau vouloir enrichir son ministre, l'abbé Moussinot voulut mourir pauvre, disant—un vrai philosophe que ce chanoine!—que l'embarras des richesses faisait le chemin de la vie plus difficile pour le sage[77].

Ce qui a le plus manqué à Voltaire, c'est un ministre des cultes. Si Dieu se fût montré plus tôt dans son œuvre, son œuvre eût gagné en grandeur et en sympathie; mais Voltaire cherchait son Dieu et ne le trouvait pas: il le cherchait trop sur la terre. Les douleurs de Job et de Lazare l'empêchaient d'entendre l'hymne des archanges. «Je n'ai qu'une heure à vivre, disait-il, ô Dieu que je ne connais pas, laissez-moi vivre mon heure pour ceux qui souffrent!» Et il écrivait à d'Alembert, à Diderot, à Condorcet, à tous les frères: «Ne perdons pas un instant, l'heure des ténèbres va revenir.»

Et les frères se mettaient vaillamment à l'œuvre en bâtissant l'Encyclopédie.