PRÉFACE
DE LA PREMIÈRE ÉDITION.
Ce livre n'est pas une profession de foi. Je salue Voltaire comme un maître et n'entre pas à son école.
Voltaire est un arbre dont tous les fruits ne sont pas bons: «N'allez jamais vous asseoir sous son ombre,» a dit le poëte. J'ai passé trois mois sous cet arbre du bien et du mal. Plus d'une nuit de cet hiver, mon esprit a vécu de Voltaire. Quand minuit me chantait sa litanie nocturne, j'ai vu souvent dans l'âtre se dessiner avec un vif relief cette figure amère, railleuse et attendrie, qui, comme la salamandre, triomphait du feu,—le feu de l'enfer ou le feu du ciel.
Durant trois mois, j'ai consulté l'oracle et j'ai demandé au grand agitateur des âmes le récit des agitations de son cœur.
J'ai vu les drames secrets de cette conscience; mais tout en contant Voltaire, je lui ai laissé la parole chaque fois qu'il parlait de lui-même. Voltaire a sculpté sa statue par fragments; je n'ai eu qu'à reprendre çà et là les précieux débris.
Je n'ai pas pensé apporter des documents nouveaux à la Babel des commentateurs; j'ai horreur des paperasses, et je donnerais un volume de notes pour un trait de caractère ou un trait de génie. Ne voyez dans ce livre que le sentiment d'un poëte sur une philosophie qui a renouvelé le monde, et l'admiration d'un homme pour un homme qui a fondé la royauté de l'esprit humain.
Mais je n'en suis pas plus voltairien pour cela, car je suis de ceux qui pensent que le meilleur de l'esprit humain c'est encore l'esprit divin.
Arsène Houssaye.