30 MAI 1858.
80e ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE VOLTAIRE.
PRÉFACE
DE LA DEUXIÈME ÉDITION.
Un ancien disait après un discours souvent interrompu: «Quoique le vent fut mauvais, mes paroles ont traversé les vagues sans faire naufrage.» Ainsi pourrais-je dire de mon livre, mais c'est le navire de Voltaire qui l'a sauvé.
Les grands hommes font la patrie quand elle n'existe pas encore; ils la font vivre quand elle n'est plus. Le Panthéon—le tombeau de Voltaire—n'a-t-il pas dit: Aux grands hommes la pairie reconnaissante?
J'ai couronné la statue de Voltaire. «Une simple couronne de roi! a dit Jules Janin, et pour qui donc les étoiles?» Mais en revanche, des grimauds se sont offensés de voir qu'on parlait encore de M. de Voltaire. Et ils ont crayonné quelques injures de plus sur le piédestal de son monument. Mais c'est en lui voulant arracher sa couronne qu'ils ont consacré le Roi Voltaire.
Chaque âge a ses Patouillet. Patouillet a beau se nommer aujourd'hui M. de Patouillet, c'est toujours Patouillet. M. de Patouillet m'a raillé avec infiniment d'esprit. Voltaire avait plus d esprit que tout le monde, mais M. de Patouillet a plus d'esprit que Voltaire.—La preuve que vos livres sont mauvais, m'a crié Patouillet, c'est qu'ils sont dans toutes les mains—comme les mauvais livres,—mais je vous attends au siècle prochain. On ne parlera plus de vous et on me lira—moi—Patouillet.