—Pas le moins du monde. Je joue de la harpe et du violon comme d'autres font de la peinture sur porcelaine ou trépignent sur une machine à coudre.

—Comment, avec une figure de duchesse et une désinvolture de marquise, vous n'avez pas cent mille livres de rente?

—Cent mille livres de rente! Si vous voulez m'envoyer un de ces beaux messieurs ou une de ces belles dames pour payer mes dettes, vous me ferez bien plaisir. Mais, de grâce, conduisez-moi dans l'antichambre.

La comtesse de la Châtre, qui était retournée donner des nouvelles de la harpiste, reparut alors.

—Mademoiselle, vous avez fait tant de plaisir que vos admirateurs sont tout oreilles.

—Madame la comtesse, je suis à bout de forces; je reviendrai à votre prochaine fête, mais donnez-moi la liberté.

Sur ces mots, la harpiste prit mon bras et m'entraîna vers une petite porte entr'ouverte. La comtesse comprit qu'elle ne devait pas insister.

—Eh bien! me dit-elle en serrant la main de la jeune fille, conduisez-la chez elle; c'est à deux pas d'ici.

Me voilà jetant une pelisse sur la harpiste, ouvrant la porte, descendant l'escalier et la conduisant chez elle.

—Êtes-vous attendue? lui demandai-je en arrivant à sa porte.