LA CONFESSION DE VIOLETTE

Que ces tableaux du musée secret de la vie moderne s'effacent de nos yeux sous les douces images de Violette et de Geneviève.

On n'avait pas reçu de nouvelles de Violette depuis sa fuite. Un ami d'Octave lui dit qu'il l'avait vue à Rome. Une amie de Mme de Fontaneilles lui dit qu'à Biarritz on s'était montré du doigt une jeune fille voilée qui passait pour Violette de Parme. Rien de plus. Où était-elle? Sur quel rivage hospitalier avait-elle porté son désespoir?

Un matin, Geneviève reçut une lettre timbrée de Madrid. C'était une lettre de Violette. «Madrid! Que peut-elle faire à Madrid?» se demanda Mlle de La Chastaigneraye. Et elle dévora cette longue lettre qui était la confession de Violette.

Madrid, ce 12 août.

«Ma chère Geneviève,

«Quand cette lettre tombera sous vos beaux yeux, je ne serai plus
de ce monde; pardonnez-moi, si je joue, moi aussi, la Dame de
Coeur.

«Il faut se confesser avant de mourir. Je vous choisis pour mon confesseur, c'est devant vous que je veux m'humilier dans l'esprit de Dieu, c'est à votre coeur que je veux tout dire.

«Ce n'est pas faute de prêtre que je vous choisis; j'en ai trouvé partout depuis que je fuis la France, depuis que je me fuis moi-même. A l'heure où j'écris, j'en vois un à la fenêtre voisine qui lit son bréviaire; mais que lui dirais-je? Je ne suis pas de sa paroisse: Écouterait-il bien les paroles d'une étrangère qui porte un coeur comme le sien sans doute, mais qui meurt d'une passion qu'il ne comprendra pas?

«Vous, Geneviève, vous me comprendrez, parce que vous m'aimez.