III

LE DÉJEUNER AUX FRAISES

On se souvient que Valentine avait promis de venir ce jour-là dire adieu une dernière fois à son amant, à l'hôtel du Louvre, dans cette chambre où ils s'étaient tant aimés.

On avait servi à Georges un déjeuner frugal: une aile de poulet, des fraises et du thé. Il n'avait pu se résigner à se mettre à table dans l'anxiété de l'attente.

Quand deux heures sonnèrent, il désespérait de la voir venir, mais elle entra bientôt, tout de noir habillée, comme si elle portait déjà le deuil de son mari.

«Tu vois, dit-elle à son amant qui s'était jeté dans ses bras et qui soulevait son double voile, tu vois que je porte le deuil de mon bonheur.

—De mon bonheur! dit Georges. C'est moi seul qui serai malheureux.

—Pourquoi dire cela? Je souffrirai plus que toi, mais j'ai déjà appris la résignation.

Ils s'embrassèrent avec des sanglots étouffés.

—Je n'aurai pas le courage de vivre une heure si tu me quittes, dit
Georges.