Le prêtre gardait toujours le silence.

«Et la troisième vision? demanda-t-il à Georges.

—Oh! la troisième vision, c'est horrible à dire. C'était la nuit du crime; j'errais sur le boulevard. J'avais dîné gaiement; les fumées du vin de Champagne me couronnaient la tête. Je me croyais maître du monde, parce que je défiais la société. Je pressentais mon crime du lendemain, et je le regardais en face sans broncher. Je me voyais déjà épousant la femme et la fortune du comte de Xaintrailles. Voilà que tout à coup une fille de joie, une courtisane à sa dernière incarnation, passe devant moi dans toute l'insolence de la femme qui brave la femme elle-même. Or, dans cette dernière des filles, je reconnus très-distinctement la figure du parc de Margival et de la Closerie des lilas. C'était la même femme, mais elle n'avait plus rien de la femme, sinon le masque, avec tous les stigmates des passions qui se cachent. Elle les montrait sans honte au grand jour, car il ne fait jamais nuit sur le boulevard des Italiens. Que lui importait à elle, qui ne rougissait plus? J'allai à elle, frappé au coeur, effrayé de cette déchéance. «Comment! lui dis-je, c'est toi, encore toi, toujours toi!» Elle leva la tête avec arrogance, elle éclata de rire et frappa de sa main sur son coeur. Sa robe se dégrafa, et un poignard ensanglanté tomba à ses pieds. Je n'étais plus maître de moi; la peur me prit, je m'enfuis à l'hôtel du Louvre.»

Le prêtre avait écouté ces trois histoires avec un vif intérêt.

«Vous n'avez pas compris? dit-il à Georges.

—Vous comprenez donc vous-même?»

Le prêtre s'était levé.

«Peut-être,» dit-il en serrant la main du condamné.

Et souriant avec mélancolie:

«La suite à demain,» ajouta-t-il de sa voix douce.