Aussi Georges du Quesnoy passa son premier examen comme Louis XIV passa le Rhin. Ses ennemis, les professeurs de droit, ne réussirent pas à le battre avec leur grosse artillerie. Il leur fit un discours sur la peine de mort en matière politique, en homme qui avait profondément étudié la question. Un des trois oracles s'endormit, le second éclata de rire, le dernier essuya une larme: total, trois boules rouges.
Dans le tohu-bohu amoureux du quartier latin, Georges du Quesnoy avait oublié son pays—le pays de sa mère.—Les roses qu'il avait cueillies sur la tombe trop tôt ouverte, les baisait-il encore d'une lèvre respectueuse? La vie était devenue pour lui un bal masqué, un carnaval sans fin, presque une descente de Courtille; il allait sans détourner la tête, enivré par toutes les ardentes folies de la première jeunesse, jetant son coeur comme son argent—par la fenêtre—-à tous les hasards de l'amour.
On se demanda bientôt comment ses maîtresses avaient de si belles robes; on finit par se demander pourquoi il était si bien chaussé et pourquoi il n'allait jamais à pied. O scandale inouï, une coquine à la mode l'amena un jour à l'École de droit dans une Victoria à deux chevaux! Qui payait la coquine? ce n'était pas lui; qui payait les chevaux? ce n'était pas la coquine. Donc Georges du Quesnoy promenait sans vergogne, à deux chevaux, son déshonneur. Le matin, entre onze heures et midi, on reconnaissait encore l'étudiant au café Voltaire, ou au café de Cluny; déjeunant d'une simple tasse de chocolat, mais le soir entre onze heures et minuit, il changeait ses batteries: on le rencontrait sur le boulevard au sortir des théâtres méditant un souper, à la Maison d'or ou au Café du Helder.
Vous me saurez gré de ne pas vous conter, le mot à mot de cette existence à la dérive qui est aujourd'hui fort commune à Paris pour les étudiants qui ont de l'argent, qui passent leurs examens chez quelque demoiselle trente-six vertus et qui font leur stage dans toutes les folies parisiennes. Beaucoup finissent par rentrer dans le giron de la sagesse, mais plus d'un finit mal pour avoir mal commencé. Sera-ce l'histoire de Georges du Quesnoy? Ce fut en vain que son père vint à diverses reprises pour le ramener à la raison.
Comme ce n'était pas un mauvais coeur, il jurait de bonne foi qu'il briserait avec ses fatales habitudes. Il embrassait son père avec l'effusion la plus filiale; mais dès que M. du Quesnoy était parti, il retombait sous le charme des magiciennes. Et quelles magiciennes! Des femmes qui n'ont de prix que parce qu'on les paie. «On n'en voudrait pas pour rien,» disait Georges d'un air dégagé. Mais il en voulut encore quand il ne les paya plus.
Son frère vint lui-même. Mais que vouliez-vous que conseillât un rêveur à un désoeuvré? Ils furent heureux de causer ensemble: ce fut tout.
«Et toi, demanda Georges à Pierre, que fais tu?
—Je suis amoureux.
—De qui? de quoi?
—Un amour désespéré.