—Et quelle était la femme?
—Une adorable créature. Je ne suis venu ici que pour la voir.
—Et vous l'avez vue?
—Non. Elle n'a fait que passer, je crois qu'elle est allée à Ems, où j'irai demain.
—Contez-moi cette histoire. J'aime beaucoup les contes amoureux.»
Georges ne se fit pas prier. Il conta en quelques mots rapides, avec tout l'accent de la passion, les premiers chapitres de son roman. Il peignit, en s'y attardant un peu, cette belle figure de Valentine dont le seul souvenir lui masquait toutes les femmes.
«Et vous ne l'avez pas revue une seule fois? lui demanda M. Home.
—Non, pas une seule fois; je voulais aller jusqu'à Rome, mais j'avais peur de la trouver heureuse là-bas. Si je suis venu à Bade, si je me décide à aller à Ems pour la poursuivre, c'est que j'ai appris qu'elle avait planté là le comte de Xaintrailles….
—Attendez donc, je la connais. C'est un miracle de beauté, surtout quand elle rit. Je l'ai beaucoup vue à Rome. Je sais mieux son histoire que vous ne la savez vous-même. Elle a enlevé le marquis Panino qui n'osait pas tenter l'aventure. Ç'a été le bruit de la Ville éternelle au dernier carnaval. Comment a-t-elle passé ici sans venir me voir? J'ai causé vingt fois avec elle à Rome: et causeries les plus intimes. Elle m'a souvent donné sa main, en me priant de lui dire sa destinée. Eh bien, mon cher ami, vous voyez qu'il ne faut jamais désespérer; maintenant qu'elle est en rupture de mariage, vous aurez votre tour.
—Mon tour! s'écria Georges blessé au coeur. Je la veux toute pour l'emporter à tout jamais dans ma passion. Ce n'est pas une bonne fortune que je cherche. Dieu merci, j'ai usé ma curiosité à ces folies-là. Ce que je veux retrouver en elle, c'est ma jeunesse. Mais retrouverai-je son amour? Voyez-vous, si elle voulait m'aimer, j'oublierais les mauvaises années de ma vie. Je renouerais la chaîne d'or et je redeviendrais un homme.