—Mais, mon homme, répondit-il, c'est que je connais cette maison-ci aussi bien que Beaufort lui-même la connaît. Avant que Badminton fût construit, mes frères et moi, nous avons passé plus d'un jour à grimper sur la vieille tour des Botelers. Ce n'est pas la première fois que j'ai parlé par cette fenêtre. Mais vite, voyons, que puis-je faire pour vous?

—Je vous suis obligé, monsieur, répondis je, mais je crains que vous ne puissiez rien faire pour m'être utile, à moins vraiment, que vous ne soyez en mesure d'informer les amis que j'ai à l'armée, de ce qui m'est arrivé.

—Pour cela, je pourrais le faire, répondit le fermier Brown. Écoutez, mon garçon, ce que je vais vous dire à l'oreille et dont je n'ai soufflé mot à personne jusqu'à présent. Ma conscience me reproche parfois que nous étayons un Papiste, pour qu'il règne sur une nation protestante. Que les gouvernants soient comme les gouvernés, voilà mon opinion. Aux élections, j'ai fait à cheval le voyage à Sudbury, et j'ai voté pour Maître Evans, de Turnford, qui était en faveur des Exclusionnistes. Pour sûr, si le Bill en question avait été adopté, c'est le Duc qui serait assis sur le trône de son père. La loi aurait dit oui. À présent elle dit: non. C'est une bien drôle chose que la loi, avec ses oui, oui, ses non, non, comme ceux de Barclay, le Quaker, qui est venu par ici, complètement habillé de basane, et a qualifié le curé d'homme coiffé d'un clocher. La loi est là. Ce n'est pas la peine de tirer des coups de feu contre elle, ni de lui passer des piques au travers, ni de lancer contre elle un escadron. Si elle commence par dire non, elle dira non jusqu'à la fin du chapitre. Autant se battre contre le livre de la Genèse. Que Monmouth fasse changer la loi, cela fera plus pour lui que tous les Ducs d'Angleterre. Car enfin, malgré tout, il est protestant, et je voudrais faire de mon mieux pour le servir.

—Voyez-vous, dis-je, le capitaine Lockarby sert dans le régiment du Colonel Saxon, à l'armée de Monmouth. Si les choses tournent mal pour moi, je regarderais comme une preuve de grande bienveillance de votre part que vous lui fassiez part de mon affection et lui demandiez d'annoncer l'événement de vive voix ou par une lettre, avec tous les ménagements nécessaires, aux gens de Havant. Si j'étais certain que cela sera fait, ce serait un grand soulagement pour mon esprit.

—Ce sera fait, mon garçon, dit le bon fermier. J'enverrai mon homme le plus sûr et mon cheval le plus rapide ce soir même, pour qu'on sache dans quel passe fâcheuse vous êtes. J'ai ici une lime qui pourrait vous être utile.

—Non, répondis-je, l'aide des hommes peut faire bien peu de chose pour moi ici.

—Il y avait autrefois un trou dans la voûte. Regardez en haut, et tâchez de voir s'il y a quelque trace d'une ouverture.

—La voûte est bien haute, répondis-je, en levant les yeux, mais il n'y a pas d'indice d'une ouverture.

—Il y en avait une, répéta-t-il. Mon frère Roger est descendu par là avec une corde. Dans l'ancien temps, c'était ainsi qu'on descendait les prisonniers, comme on fit pour Joseph, dans le puits. La porte est chose toute moderne.

—Qu'il y ait un trou, qu'il n'y en ait pas, cela ne peut me servir à rien, répondis-je. Il m'est impossible de grimper jusque-là. Ne restez pas plus longtemps, mon ami, ou vous en aurez peut-être des ennuis.