Les Thugs! J’avais entendu parler des féroces fanatiques de ce nom qu’on trouve dans les régions centrales de l’Inde, et auxquels une religion détournée de son but présente l’assassinat comme l’offrande la plus précieuse et la plus pure qu’un mortel puisse faire au Créateur.

Je me rappelle une description que j’avais lue dans les œuvres du colonel Meadows Taylor, où il était question du secret des Thugs, de leur organisation, de leur foi implacable et de l’influence terrible que leur manie homicide exerce sur toutes les autres facultés mentales et morales.

Je me rappelai même que le mot de roomal—un mot que j’avais vu revenir plus d’une fois—désignait le foulard sacré au moyen duquel ils avaient coutume d’accomplir leur diabolique besogne.

Miss Warrender était déjà femme quand elle les avait quittés, et à en croire ce qu’elle disait, elle qui était la fille de leur principal chef, il n’était pas étonnant qu’une culture toute superficielle n’eût pas déraciné toutes les impressions premières ni empêché le fanatisme de se faire jour à l’occasion.

C’était probablement pendant une de ces crises qu’elle avait mis fin aux jours de la pauvre Ethel après avoir soigneusement préparé un alibi pour cacher son crime, et Copperthorne ayant découvert par hasard cet assassinat, cela lui avait donné l’ascendant qu’il exerçait sur son étrange complice.

De tous les genres de morts, celui de la pendaison est regardé dans ces tribus comme le plus impie, le plus dégradant, et sachant qu’elle s’était exposée à cette mort d’après la loi du pays, elle y voyait évidemment une nécessité inéluctable de soumettre sa volonté, de dominer sa nature impérieuse lorsqu’elle se trouvait en présence du secrétaire.

Quant à Copperthorne, après avoir réfléchi sur ce qu’il avait fait et sur ce qu’il comptait faire, je me sentais l’âme pleine d’horreur et de dégoût à son égard.

C’était donc ainsi qu’il reconnaissait les bontés que lui avait prodiguées le pauvre vieux.

Il lui avait déjà arraché par ses flatteries une signature qui était l’abandon de ses propriétés, et maintenant, comme il craignait que quelques remords de conscience ne modifiassent la volonté du vieillard, il avait résolu de le mettre hors d’état d’y ajouter un codicille.

Tout cela était assez canaille, mais ce qui semblait y mettre le comble, c’était que trop lâche pour exécuter son projet de sa propre main, il avait à mis à profit les horribles idées religieuses de cette malheureuse créature, pour faire disparaître l’oncle Jérémie d’une façon telle que nul soupçon ne pût atteindre le véritable auteur du crime.