Avais-je l’ombre d’une preuve contre eux en dehors de mon histoire?
Et cette histoire ne paraîtrait-elle pas d’une absurde invraisemblance à des gens qui ne me connaissaient pas.
Et je m’imaginais bien aussi de quel ton rassurant, de quel air impassible Copperthorne repousserait l’accusation, combien il s’étendrait sur la malveillance que j’éprouvais contre lui et sa complice à cause de leur affection réciproque; combien il lui serait aisé de faire croire à une tierce personne que je montais de toutes pièces une histoire pour nuire à un rival; combien il me serait difficile de persuader à qui que ce fut que ce personnage à tournure d’ecclésiastique et cette jeune personne vêtue à la dernière mode étaient deux animaux de proie associés pour chasser.
Je sentais que je commettrais une grosse erreur en me montrant avant d’être sûr que je tenais le gibier.
L’autre alternative était de ne rien dire et de laisser les événements suivre leurs cours, en me tenant toujours prêt à intervenir lorsque les preuves contre les conspirateurs paraîtraient concluantes.
C’était bien la marche qui se recommandait d’elle-même à mon caractère jeune et aventureux.
C’était aussi celle qui semblait la plus propre à amener aux résultats décisifs.
Lorsqu’enfin à la pointe du jour je m’allongeai sur mon lit, j’avais complètement fixé dans mon esprit la résolution de garder pour moi ce que je savais et de m’en rapporter à moi seul pour faire échouer le complot sanguinaire que j’avais surpris.
Le lendemain, l’oncle Jérémie se montra plein d’entrain après le déjeuner, et voulut à toute force lire tout haut une scène des Cenci de Shelley, œuvre pour laquelle il avait une admiration profonde.
Copperthorne était auprès de lui, silencieux, impénétrable, excepté quand il émettait quelque indication, ou lâchait un cri d’admiration.