En tranchant ainsi du monarque fastueux, sans grand souci des affaires de son royaume, Jérôme avait compromis sa situation en Westphalie longtemps avant la chute de l’Empire.
Si pénibles qu’aient été pour l’Empereur les écarts de conduite de son frère Jérôme, ces écarts restèrent entre eux deux à l’état de querelles domestiques. Ils n’eurent pas pour Napoléon les conséquences nuisibles des actes de ses autres frères. Aux jours sombres, on voit Jérôme faire, jusqu’à la dernière minute, son devoir dans toute l’étendue de ses moyens. En Russie, à Waterloo où il est blessé au plus fort de la mêlée, partout, il prend une part courageuse aux efforts désespérés des plus fidèles compagnons de l’Empereur.
A Sainte-Hélène, Napoléon oublieux des peccadilles d’autrefois, lui a rendu pleine justice en disant : « Jérôme, en mûrissant, eût été propre à gouverner ; je découvrais en lui de véritables espérances. » L’Empereur fut non moins élogieux pour la femme de Jérôme, dont il proclamait hautement l’irréprochable contenance, au moment où, de mille manières, elle était torturée par son père qui voulait la contraindre à divorcer en 1814, après la chute du régime impérial.
Cette noble Reine trouva, dans ses entrailles de mère, dans sa fière pudeur d’épouse, un cri de révolte d’une éloquence admirable. Elle a tracé leur conduite à toutes les princesses qui, par raison d’État ou autre, croient devoir se sacrifier en contractant, à la face de Dieu, une union sacrée. La Reine est d’autant plus méritoire que son mari lui avait fourni surabondamment des motifs de désaffection.
Catherine de Wurtemberg a trouvé sa grandeur dans la plus simple vérité : le respect de ses serments, l’idée qu’elle appartenait pour toujours à l’homme à qui elle s’était donnée.
Il n’est pas de louange qui ne soit inférieure à la beauté de ses sentiments, alors que, résistant à la pression cruelle d’un père adoré, elle refuse de lui obéir : « … Unie à mon mari par des liens qu’a d’abord formés la politique, je ne veux pas rappeler ici le bonheur que je lui ai dû pendant sept ans ; mais eût-il été pour moi le plus mauvais époux, si vous ne consultez, mon père, que ce que les vrais principes me dictent, vous me direz vous-même que je ne puis l’abandonner lorsqu’il devient malheureux, et surtout lorsqu’il n’est pas cause de son malheur. »
Avec raison, Napoléon a pu dire : « Cette princesse s’est inscrite de ses propres mains dans l’histoire. » Ces paroles sont l’honneur éternel de Catherine de Wurtemberg ; elles sont, en même temps, le stigmate ineffaçable de la conduite de Marie-Louise d’Autriche.
VII
Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons vu Napoléon, en 1792, capitaine d’artillerie, étant aux prises avec les plus grandes difficultés pour lui-même, s’occuper de sa sœur Elisa, alors pensionnaire du Roi à Saint-Cyr, la retirer de cet établissement qui était menacé par les excès révolutionnaires, la loger avec lui à l’hôtel de Metz, rue du Mail, puis la reconduire à Ajaccio, dès qu’il eut terminé les démarches que l’obligeait à faire sa situation compromise.
Nous retrouvons Elisa, en 1798, avec sa mère et Pauline, sa sœur puînée, à la suite du quartier général du commandant en chef de l’armée d’Italie. Le 5 mai 1797, elle épousa Félix Bacciochi, issu d’une honorable famille de Corse. Ce mariage ne plaisait pas beaucoup à Napoléon, qui aurait sans doute préféré à ce bon et rebon Bacciochi, comme l’appelle Lucien Bonaparte, un homme moins dépourvu de facultés intellectuelles. Mais à cette époque, les demoiselles Bonaparte étaient peu recherchées, et l’on n’avait pas le droit de se montrer difficile pour elles.