Le récit précédent se complète par celui que fait d’autre part Napoléon à la princesse de Prusse : « … J’ai été touché de la position de Mme de Hatzfeld. Toutefois, je lui ai même évité les désagréments d’un jugement, et lui ai remis sa peine et la pièce de conviction. Il est vrai que la douceur et la peine profonde de Mme de Hatzfeld m’ont forcé à ce que j’ai fait… » Nous espérons que la haute courtoisie de la réponse ci-après, faite par Napoléon à la lettre de remerciements que lui écrivit Mme de Hatzfeld, satisfera les plus exigeants en matière de délicatesse : « J’ai lu avec plaisir votre lettre. Je me souviens aussi avec plaisir du moment où j’ai pu finir toutes vos peines. Dans toutes les circonstances qui pourront se présenter où je pourrai vous être utile, vous pourrez accourir à moi, et vous me trouverez aise de vous être agréable. »

En Espagne, en 1808, le duc de Saint-Simon, émigré français, pris les armes à la main, fut condamné à mort, et ne dut la vie qu’aux larmes de sa fille se jetant aux genoux de l’Empereur.

Sa clémence ne s’éveillait pas seulement quand des femmes et des filles éplorées se mettaient à ses pieds, elle s’étendait encore sur des actes qui ne provoquaient pas de grande émotion.

A propos de la commission du protocole, qui commet bévues sur bévues, l’Empereur écrit à Champagny : « C’est la centième bêtise qu’elle me fait. Le sieur… est une trop vieille bête pour se mêler de mes affaires. Qu’il reste pensionnaire des relations extérieures, et qu’il ne se mêle de rien. »

Au sujet du ministre de France à Bade, marié selon son cœur et non selon les convenances diplomatiques, Napoléon écrit au ministre des relations extérieures : « … Prévenez ce ministre de donner sa démission, je l’emploierai d’une autre manière à l’intérieur. Cette femme est trop déshonorée, et, s’il la faisait venir en cachette, il s’exposerait à un affront. »

Un Napoléon compatissant aux petites faiblesses humaines de ses fonctionnaires, quelle antithèse avec l’homme intolérant que certains écrivains se sont plu à dépeindre !

Quand l’ordonnateur Jacqueminot quitte son poste à l’armée, sans attendre son successeur, au lieu de sévir, Napoléon écrit au ministre de la guerre : « … Si je ne m’étais pas ressouvenu des services de son père, sénateur, je l’aurais mis à l’ordre de l’armée et déshonoré. Faites comprendre au sénateur le danger que son fils a couru et le mauvais préjugé que cela laisse dans mon esprit. »

A propos d’artistes des théâtres subventionnés qui, au mépris de leurs engagements, sont allés en Russie, Napoléon écrit à son ambassadeur : « Plusieurs artistes se sont sauvés de Paris pour se réfugier en Russie. Mon intention est que vous ignoriez cette mauvaise conduite. Ce n’est pas de danseuses et d’actrices que nous manquerons à Paris. »

On n’a sans doute pas oublié le ministre de la guerre Aubry, qui se montra, en 1794, si nettement hostile à Bonaparte et qui n’hésita pas à lui enlever le grade de général d’artillerie. Le ressentiment du souverain aboutit au décret suivant : « Article premier. Il est accordé à la veuve du général de division d’artillerie Aubry une pension de deux mille francs… »

La gestion du Trésor public était, de toutes les affaires, celle où l’Empereur exigeait la régularité la plus parfaite ; non seulement il y apportait les scrupules d’une haute intégrité, mais encore il mettait son orgueil à y prévenir les à-coups qui fussent de nature à ébranler la réputation solide des finances françaises. On peut s’imaginer quelle fut sa stupeur lorsque, après Austerlitz, il apprit qu’une crise financière s’était déclarée à Paris, par suite d’un prêt désastreux de quatre-vingt-cinq millions, consenti à des fournisseurs de vivres militaires, par Barbé-Marbois, ministre du Trésor public.