Enfin nous retrouvons Fouché, à la tête du gouvernement provisoire, le plus acharné à demander l’abdication de Napoléon, décidé à le faire arrêter au besoin. Telle fut la récompense de la mansuétude infatigable de l’Empereur, qui trouva, d’ailleurs, aussi naïf que lui, car Louis XVIII fit de Fouché son ministre.
VII
La carrière de Talleyrand offre une analogie à peu près complète avec celle de Fouché.
Servir pour mieux tromper, telle sera la devise que l’histoire ajoutera aux armoiries données par l’Empire à ces deux hommes d’État.
Le meilleur portrait de Talleyrand sera toujours cette exquise petite miniature où il s’est peint lui-même, lorsqu’il disait à voix basse à Louis-Philippe en lui prêtant serment : « Sire, c’est le treizième ! »
Ministre, prince de Bénévent, archichancelier d’État, vice-grand électeur, grand chambellan de l’Empire, le tout avec des dotations qui se chiffraient par millions, tels sont les titres sous lesquels s’abritait celui qui, selon le prince de Metternich, « fut constamment porté à conspirer contre l’Empereur ».
« Dès 1801, dit Fouché, on voit Talleyrand trafiquer des secrets d’État. Une somme de 60 000 livres sterling (1 million 500 000 francs) fut payée par l’Angleterre aux infidèles révélateurs des articles secrets du traité de la France avec la Russie.
« Après avoir poussé, en 1804, Napoléon à faire arrêter le duc d’Enghien, Talleyrand n’hésitera pas à gémir sur la mort de ce prince qu’il a conseillée, et, nouveau Pilate, à se déclarer étranger à ce qu’il appelle dans son impudent langage « plus qu’un crime, une faute ».
Pendant toute la durée de son ministère, il considéra, d’après les mémoires de M. de Gagern, « sa haute position comme une mine d’or… Qui pourrait dire les sommes qui ont ainsi coulé vers lui de la part des grandes puissances ? »
En 1808, accompagnant, à Erfurt, Napoléon qui désirait conclure une alliance avec la Russie, Talleyrand trouva sans doute son intérêt à être le ministre de l’Europe contre la France, au lieu d’être le ministre de l’Empereur contre l’Europe. Avec une audacieuse franchise, il n’a pas hésité à rapporter les premières paroles qu’il adressa à l’empereur Alexandre : « Sire, que venez-vous faire ici ? C’est à vous de sauver l’Europe, et vous n’y parviendrez qu’en tenant tête à Napoléon… »