Parmi les conspirations qui s’élaboraient dans des rendez-vous nocturnes chez la princesse de Tour et Taxis, on rencontre le complot dont Fouché nous a fait le récit et qui amena la guerre contre l’Autriche en 1809.

Quand on trouve, en 1814, Talleyrand titulaire, non d’un cabanon au bagne, mais des premières dignités de l’Empire, on est tenté de croire que Napoléon ignorait toutes les félonies, tous les crimes de son ministre. Il n’en est rien. L’Empereur connaissait la conduite de Talleyrand, mais s’était contenté, en souverain indulgent, de lui enlever quelques-unes de ses prérogatives ; car abattre radicalement l’homme qu’il avait élevé au plus haut rang répugnait au tempérament de Napoléon. La preuve du peu de confiance qu’il avait en Talleyrand se trouve partout. Miot de Mélito dit : « Il n’ignora pas les concussions de Talleyrand… »

Le prince de Metternich rapporte que le 28 janvier 1809, l’Empereur lui parla d’un parti qu’il prétendait exister, à la tête duquel il désigna MM. de Talleyrand et Fouché, et dont le but serait d’entraver la marche du gouvernement.

Dans un entretien avec Rœderer, l’Empereur juge ainsi Talleyrand, le 3 mars 1809 : « Je l’ai couvert d’honneurs, de richesses, de diamants. Il a employé tout cela contre moi. Il m’a trahi autant qu’il le pouvait, à la première occasion qu’il a eue de le faire… »

Enfin, s’il fallait un témoignage plus concluant encore, nous le trouverions sous la plume de l’Empereur lui-même, qui écrit en 1810 : « Pendant que vous avez été à la tête des relations extérieures, j’ai voulu fermer les yeux sur beaucoup de choses. Je trouve donc fâcheux que vous ayez fait une démarche qui me rappelle des souvenirs que je désirais et que je désire oublier. »

Nous pensons avoir prouvé indiscutablement que Napoléon connaissait, en tous points, l’hostilité, la cupidité et la déloyauté de Talleyrand.

En voyant exposés, comme ils viennent de l’être, les sentiments de Napoléon vis-à-vis des personnages d’une si révoltante indignité, on en arrive à se demander s’il faut le croire indulgent ou débonnaire.

Évidemment, il ne savait point, dans leurs détails, les faits précis tels qu’ils résultent de la juxtaposition des documents ; mais il avait, les pages précédentes le démontrent, plus que des soupçons sur les actes criminels de ses deux ministres. Dès lors, sa mansuétude constante prouve au moins qu’il était le contraire d’un homme sans conscience, sans entrailles, se plaisant à mortifier, à châtier, à ruiner les fonctionnaires de son gouvernement.

VIII

Nous pourrions clore ici cette partie de notre travail concernant la générosité de Napoléon, si nous ne voulions éviter le reproche bien légitime d’avoir esquivé à dessein les griefs principaux, sinon les seuls, sur lesquels les détracteurs se sont appuyés pour affirmer que Napoléon avait l’instinct de la cruauté et de la persécution.