A Auxonne, on voit Napoléon s’occuper minutieusement des plus infimes détails de son petit ménage. On a trouvé, écrits de sa propre main, sur le livre d’un sieur Biotte, tailleur, les comptes suivants :
Doit M. Bonaparte :
Fait culotte drap 2 livres. «
2 caleçons 1 «
4 sous «
1 anglaise bleue 4 «
«
bordure 1 «
Sur un autre feuillet :
Fait culotte 4 livres. «
2 caleçons 1 «
| Fait | culotte drap | 2 | livres. | |
| « | 2 caleçons | 1 | « | 4 sous |
| « | 1 anglaise bleue | 4 | « | |
| « | bordure | 1 | « |
| Fait | culotte | 4 | livres. |
| « | 2 caleçons | 1 | « |
Un rabais de quatre sous avait été obtenu sur la façon des deux derniers caleçons !
Le temps qui n’était pas pris par le service était employé à donner des leçons à Louis et à lui faire répéter son catéchisme en vue de sa première communion, qu’il fit devant l’abbé Morelet.
Le reste des heures de loisir était consacré aux travaux littéraires que Napoléon poursuivait par goût, et probablement aussi avec l’arrière-pensée d’y trouver un bénéfice pécuniaire.
C’est avec une grande résignation, même avec un certain enjouement que Napoléon supportait cet état de dénuement. Un jour, il dit à M. Joly, qui était venu le voir : « Vous n’avez sans doute pas encore entendu la messe ce matin ? Eh bien, si vous voulez, je puis vous la dire. » Et de la caisse où ils sont en dépôt dans sa chambre, il sort, en riant, les ornements sacerdotaux de l’aumônier du régiment.
Nous croyons sans peine, avec M. de Ségur, que la considération dont jouissait Bonaparte s’accrut encore des soins qu’il avait pour son frère. On le recevait avec empressement quand, à de très rares occasions, par devoir et par convenance, il allait chez M. de Gassendi, alors capitaine du régiment ; chez Naudin, commissaire des guerres ; chez M. Chabert, dont la belle-fille, Mlle Pillet, déplorait la rareté des visites du jeune lieutenant. On prétend que Mme Naudin le voyait, avec infiniment de plaisir aussi, venir chez son mari.
Il ne dut pas s’arrêter longtemps à ces frivolités, car c’est parmi des notes écrites à Auxonne que se trouve, dans un Dialogue sur l’amour, la boutade suivante : « Je crois l’amour nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes. Enfin, je crois que l’amour fait plus de mal que de bien. »