Le 31 décembre : « Tu ne dois avoir aucune inquiétude pour la famille, elle est abondamment pourvue de tout. Jérôme est arrivé hier avec un général (Augereau), je vais le placer dans un collège où il sera bien.
« Tu ne tarderas pas à avoir un consulat ; tu as tort d’avoir aucune inquiétude. Si tu t’ennuies à Gênes, je ne vois pas d’inconvénient à ce que tu viennes à Paris ; j’ai ici logement, table et voiture à ta disposition. Si tu ne veux pas être consul, viens ici ; tu choisiras la place qui pourra te convenir… »
Le 11 janvier 1796 : « La multiplicité de mes affaires et l’importance des choses qui me tient occupé ne me permettent pas de t’écrire souvent. Je suis ici heureux et content. J’ai envoyé à la famille cinquante à soixante mille francs, argent, assignats, chiffons ; n’aie donc aucune inquiétude. Je suis toujours très content de Louis ; il est mon aide de camp capitaine. Marmont et Junot sont mes deux aides de camp chefs de bataillon. Jérôme est au collège où il apprend le latin, les mathématiques, le dessin, la musique, etc.
« Je ne vois aucun inconvénient au mariage de Paulette, s’il est riche. »
Le 7 février : « Tu seras immanquablement consul à la première place qui te conviendra ; en attendant, reste à Gênes, prends une maison particulière et vis chez toi.
« Lucien part après-demain pour l’armée du Nord ; il y est commissaire des guerres ; Ramolino est ici directeur des vivres ; Ornano est lieutenant de la légion de police. La famille ne manque de rien, je lui ai envoyé tout ce qui est nécessaire. Fesch sera ici dans une bonne position. Rien ne peut égaler l’envie que j’ai de tout ce qui peut te rendre heureux. »
On vient de le voir, malgré l’immense transformation matérielle qui s’est faite, du jour au lendemain, dans sa situation, aucune griserie n’a atteint son moral. Tel il était hier, tel nous le trouvons aujourd’hui.
XVIII
Cependant, sa nouvelle position lui impose des devoirs mondains ; tout empanaché de son nouveau grade et du prestige de la victoire du 13 vendémiaire, il fait une entrée triomphale dans les salons où naguère, humble et petit, remarquable seulement par son air besogneux, il venait s’efforcer de plaire aux commensaux et commensales de ses protecteurs.
La représentation officielle l’obligeait, en raison des fonctions dont il était investi, à paraître souvent chez les membres du gouvernement. Parfois, il dînait chez La Réveillère-Lépeaux, et « le citoyen directeur et sa dame, rapporte Besnard, ne parlaient qu’avec l’enthousiasme le plus vif de leur petit général, car c’est ainsi qu’ils le désignaient ».