A Montebello, il maria sa sœur Pauline avec le général Leclerc. Celui-ci était fils d’un marchand de farine. Quelques mois auparavant avait eu lieu le mariage d’Elisa Bonaparte avec Bacciochi, officier subalterne. On peut inférer de ces mariages qu’à ce moment Napoléon ne rêvait pas encore des trônes pour les membres de sa famille.
Maintenant, lui fera-t-on, avec Miot de Mélito, un reproche de ne se montrer nullement embarrassé ou confus des excès d’honneur qu’il se faisait rendre en public, et de les recevoir comme s’il y eût été habitué de tout temps ? Trouvera-t-on mauvais qu’il ait apporté dans l’exercice de ses fonctions une autorité qui imposait à tout le monde, une attitude et un regard « qui forçaient chacun à obéir » ?
Mais n’avait-il donc pas à représenter un grand pays ? N’était-il pas la personnification vivante de nos armes triomphantes ? N’était-il pas le conquérant devant qui s’inclinaient un pape, l’Empereur et les rois ? Ne devait-il pas faire sentir à tous le poids de la main qui, après avoir tracé le chemin de la victoire, signait les traités de paix ?
Certes, nous ne nions pas qu’il n’y eût chez lui, à cette époque, l’orgueil légitime né de ses succès et de son bonheur militaires, car nous comprendrons volontiers avec Walter Scott, qui n’était pas de ses amis, que « tous les honneurs qui lui étaient acquis, excepté ceux d’une tête couronnée, avaient tout le charme de la nouveauté pour l’homme qui, deux ou trois ans auparavant, languissait obscur ».
Donc, nous admettons et nous croyons véritable et humaine cette dualité du caractère de Napoléon, d’une part : autoritaire, inflexible dans le commandement, altier, réservé dans ses rapports publics ; de l’autre, aimable, enjoué et cordial alors qu’il a dépouillé la fonction dont il doit faire respecter le prestige. Cette dernière attitude est bien celle de l’homme qui, né loin des grandeurs, se livre chez lui aux joies tranquilles entrevues dans son enfance.
Il n’en subsiste pas moins qu’après l’incident du voyage de Gênes, le désenchantement avait meurtri l’âme de Bonaparte. Aux lettres brûlantes de Vérone, se succèdent, mais combien attiédies ! celles d’Ancône ou de Tolentino, pendant la ratification du traité avec les plénipotentiaires du Pape.
Ces lettres sont comme la dernière lueur d’un feu qui, allant en s’éteignant, laisse encore échapper de-ci, de-là, quelques rares étincelles. Pour ranimer ce feu, il faudrait sans doute peu de chose. Mais Joséphine a laissé graduellement se refroidir la passion de Napoléon. Trop sûre d’elle-même, croyant pouvoir, au gré de son caprice, jouer avec l’amour de son mari, elle continue à suivre ses penchants légers avec une parfaite insouciance.
Ainsi s’écoulèrent les jours qui virent s’achever la merveilleuse campagne d’Italie, que termina la ratification du 30 novembre 1797, signée par Bonaparte à Rastadt, où il s’était rendu seul.
Il retrouva Joséphine à Paris, le 5 décembre. Elle put jouir alors, dans son milieu préféré, de toutes les satisfactions de vanité que lui valait la gloire d’un époux excitant partout un enthousiasme qu’elle était la seule à ne point partager.