L'esprit de rébellion a éclaté dans diverses parties du royaume, partout la disette a préparé le peuple à toutes les violences: à Lyon, il y a eu d'aussi furieux mouvements qu'à Paris; dans plusieurs autres villes, il en est de même; le Dauphiné est en armes, la Bretagne ouvertement soulevée. On croit que la faim poussera les masses aux excès et qu'il en faut tout craindre, au moment où elles découvriront d'autres moyens de subsistance qu'un travail honnête. Voilà de quelle conséquence il est pour chaque pays, comme pour tous, d'avoir une saine législation sur les grains, législation assurant au cultivateur des prix assez élevés pour l'encourager à s'attacher à cette culture, et préservant par là le peuple des famines. Je suis fixé quant à Carlsruhe; le margrave étant à Saw (Spa), je n'ai plus à m'en préoccuper. — Le soir. — J'ai assisté à une scène curieuse pour un étranger, mais terrible pour les Français qui y réfléchiront. En traversant la place de l'Hôtel-de-Ville, j'ai trouvé la foule qui en criblait les fenêtres de pierres, malgré la présence d'un piquet de cavalerie. La voyant à chaque minute plus nombreuse et plus hardie, je crus intéressant de rester pour voir où cela en viendrait, et grimpai sur le toit d'échoppes situées en face de l'édifice, objet de sa rage. C'était une place très commode. Voyant que la troupe ne répondait qu'en paroles, les perturbateurs prirent de l'audace et essayèrent de faire voler la porte en éclats avec des pinces en fer, tandis que d'autres appliquaient des échelles d'escalade. Après un quart d'heure, qui permit aux magistrats de s'enfuir par les portes de derrière, la populace enfonça tout et se précipita à l'intérieur comme un torrent, aux acclamations des spectateurs.
Dès ce moment, ce fut une pluie de fenêtres, de volets, de chaises, de tables, de sofas, de livres, de papiers, etc., etc., par toutes les ouvertures du palais, qui a de soixante-dix à quatre-vingts pieds de façade; il s'ensuivit une autre de tuiles, de planches, de balcons, de pièces de charpente, enfin de tout ce qui peut s'enlever de force dans un bâtiment. Les troupes, tant à pied qu'à cheval, restèrent impassibles. D'abord elles n'étaient pas assez nombreuses pour intervenir avec succès; plus tard, quand elles furent renforcées, le mal était trop grand pour qu'on pût faire autre chose que garder les approches sans permettre à personne de s'avancer, mais en laissant se retirer ceux qui le voulaient avec leur butin.[25] On avait mis, en même temps, des gardes à toutes les issues des monuments publics. Pendant deux heures, je suivis les détails de cette scène en différents endroits, assez loin pour ne pas craindre les éclats de l'incendie, assez près pour voir écraser devant moi un beau garçon d'environ quatorze ans, en train de passer du butin à une femme, que son expression d'horreur me fait croire être sa mère. Je remarquai plusieurs soldats avec leurs cocardes blanches au milieu de la foule, qu'ils excitaient sous les yeux des officiers du détachement. Il y avait aussi des personnes si bien vêtues, que leur vue ne me causa pas peu de surprise. Les archives publiques furent entièrement détruites; les rues environnantes étaient jonchées de papiers c'est une barbarie gratuite, car il s'ensuivra la ruine de bien des familles, qui n'ont rien de commun avec les magistrats.
Le 22. — Schelestadt. À Strasbourg et par tout le pays où j'ai passé, les femmes portent leurs cheveux relevés en toupet sur le sommet de la tête, et nattés derrière en natte circulaire de trois pouces d'épaisseur, très bien arrangés, pour prouver qu'elles n'y passent jamais le peigne. Je ne pus m'empêcher d'y voir le nidus de colonies vivantes, et elles n'approchaient pas de moi (la beauté n'est pas leur fort), qu'une démangeaison imaginaire ne me fît me gratter la tête. Dans ce pays tout est allemand, sitôt que vous sortez des villes; les auberges ont de vastes salles communes, avec plusieurs tables toujours servies, où se mettent les différentes sociétés, riches comme pauvres. La cuisine aussi est allemande: on appelle schnitz[26] un plat composé de lard et de poires à la poêle; on dirait d'un mets de la table de Satan, mais je fus bien étonné en y goûtant de le trouver plus que passable. À Schelestadt, j'eus le plaisir de rencontrer le comte de Larochefoucauld, le régiment de Champagne, dont il est le second major, étant en garnison ici. On ne saurait avoir des attentions plus cordiales que les siennes, elles me rappelaient celles en nombre infini que j'avais reçues de sa famille; il me mit en relations avec un bon fermier, qui me donna les renseignements dont j'avais besoin. — 25 milles.
Le 23. — Journée agréable et tranquille, passée avec le comte de Larochefoucauld; nous avons dîné en compagnie des officiers du régiment: le colonel est le comte de Loménie, neveu du cardinal actuel de ce nom. Soupé chez mon ami: il s'y trouvait un officier d'infanterie, Hollandais qui a beaucoup vécu dans les Indes Orientales et parle anglais. Ce jour m'a ravivé; la compagnie de personnes instruites, libérales, bien élevées et communicatives, a été le remède à la sombre apathie des tables d'hôte.
Le 24. — Gagné Isenheim par Colmar. Le pays est entièrement plat; on a les Vosges tout près sur la droite, les montagnes de Souabe à gauche, et entre les deux on en voit paraître une chaîne dans l'éloignement, vers le sud. La grande nouvelle à la table d'hôte de Colmar était curieuse: la reine avait formé le complot, qu'elle était à la veille d'exécuter, de faire sauter l'Assemblée par une mine, et au même moment d'envoyer l'armée massacrer Paris tout entier. Un officier français qui se trouvait là se permit d'en douter, et fut à l'instant réduit au silence par le bavardage de ses adversaires. Un député l'avait écrit, ils avaient vu la lettre, il n'y avait pas d'hésitation. Sans me laisser intimider, je soutins que c'était une absurdité visible au premier coup d'oeil, rien qu'une invention pour rendre odieuses des personnes qui, à mon avis, le méritaient, mais non certes par de pareils moyens. L'ange Gabriel serait descendu tout exprès et se serait mis à table pour les dissuader, qu'il n'aurait pas ébranlé leur foi. C'est ainsi que cela se passe dans les révolutions: mille imbéciles se trouvent pour croire ce qu'écrit un coquin. — 25 milles.
Le 25. — À partir d'Isenheim, le pays s'accidente et devient meilleur jusqu'à Béfort; mais il n'y a ni clôtures, ni maisons disséminées. Grands troubles à Béfort; hier la populace et les paysans ont demandé aux magistrats les armes en magasin; il étaient de trois à quatre mille. Se voyant refuser, ils ont fait du bruit et ont menacé de mettre le feu à la ville; alors on a fermé les portes. Aujourd'hui le régiment de Bourgogne est arrivé pour maintenir l'ordre. M. Necker vient de passer ici pour retourner de Bâle à Paris; quatre-vingts bourgeois l'escortaient à cheval, et les musiques de régiment l'ont accompagné pendant qu'il traversait la ville. Mais la période brillante de sa vie est terminée: depuis sa rentrée au pouvoir jusqu'à l'assemblée des états, il a eu dans ses mains le sort de la France et des Bourbons, et, quelle que soit l'issue de la confusion présente, cette confusion lui sera reprochée par la postérité, puisqu'il pouvait donner aux états la forme qui lui plaisait. Il pouvait, par un décret, établir deux chambres, ou trois, ou une; il pouvait organiser quelque chose qui eût abouti certainement à la constitution anglaise: rien ne lui manquait; c'était la plus belle occasion pour élever un édifice politique qu'un homme eût jamais eue; les plus grands législateurs de l'antiquité n'en connurent jamais de semblable. Selon moi, il l'a manquée complètement, et abandonné aux vents et aux flots ce qui aurait dû recevoir de lui et l'impulsion et la direction. J'avais des lettres pour M. de Bellonde, commissaire de guerre; je le trouvai seul: il m'invita à souper, disant qu'il me ferait rencontrer des personnes bien informées. Lorsque je revins, il me présenta à madame de Bellonde et à un cercle d'une douzaine de dames et de trois ou quatre jeunes officiers; lui-même quitta le salon pour se rendre auprès de madame la princesse de quelque chose, qui se sauvait en Suisse. J'envoyai de bonne heure la compagnie au diable, car je vis du premier coup d'oeil, sur quoi elle avait tant de renseignements à me donner. Il y avait dans un coin une petite coterie autour d'un officier arrivant de Paris: ce monsieur voulut bien nous répéter ensuite que le comte d'Artois et tous les princes du sang, excepté Monsieur et le duc d'Orléans, toute la famille Polignac, le maréchal de Broglie et un nombre infini de gens de la première noblesse, s'étaient enfuis du royaume, que d'autres les imitaient chaque jour, et qu'enfin le roi, la reine et la famille royale se trouvaient à Versailles, dans une position aussi dangereuse qu'alarmante, sans confiance aucune dans les troupes, et, en réalité, prisonniers. Voici une révolution effectuée comme par magie: il ne reste debout dans le royaume que les Communes; il n'y a plus qu'à voir quels architectes elles feront, maintenant qu'il faut élever un édifice au lieu de celui qui a si merveilleusement croulé. On annonça que le souper était servi; comme je ne me pressai pas de quitter le salon avec les autres personnes, je restai seul en arrière; j'en fus frappé, et je me trouvai dans une singulière position que j'avais cherchée, pour voir si elle m'arriverait. Je pris alors mon chapeau en souriant, et sortis tout droit de la maison. On me rejoignit au bas de l'escalier; mais je parlai d'affaires, de plaisirs ou de quelque autre chose, ou de rien du tout, et retournai en hâte à l'hôtel. Je n'aurais pas rapporté ceci si le moment n'en fournissait l'excuse; les inquiétudes et les distractions du jour doivent remplir la tête d'un homme; quant aux dames, que peuvent penser les dames de France d'un homme qui voyage pour la charrue? — 25 milles.
Le 26. — Pendant les 20 milles jusqu'à l'Isle-sur-Doubs la campagne ne varie pas beaucoup; mais après cela, à Baume-les- Dames, ce n'est plus que montagnes et rochers, beaucoup de bois et de jolis tableaux formés par la rivière qui coule au bas. Tout le pays est dans la plus grande agitation; dans l'une des petites villes où je passai, on me demanda pourquoi je n'avais pas la cocarde du tiers état. On me dit que c'était ordonné par le tiers et que, si je n'étais pas un seigneur, je devais obéir. «Mais supposons que je sois un seigneur, et après, mes ami? — Après, me répliqua-t-on d'un air farouche, la corde; car c'est tout ce que vous méritez!» Il devenait évident que la plaisanterie n'était plus de mise; jeunes garçons et jeunes filles commençaient à s'assembler, signe ordinaire en tous temps et en tous lieux de quelques tristes scènes; si je ne m'étais pas déclaré Anglais, et dans l'ignorance de cet ordre, je ne m'en serais pas tiré à si bon marché. J'achetai immédiatement une cocarde, mais la friponne qui me la vendit la piqua si mal, qu'elle tomba à la rivière avant que j'eusse gagné l'Isle, où je courus encore le même danger. Il était inutile de me dire Anglais; j'étais un seigneur déguisé peut-être, mais certainement un coquin de première volée. En ce moment, un prêtre arriva dans la rue, une lettre à la main; le peuple s'amassa autour de lui, et il lut à haute voix des nouvelles de Béfort, sur le passage de M. Necker, avec quelques traits généraux de la situation de Paris, et des assurances que la position du peuple s'améliorerait. Quand il eut fini, il exhorta la foule à s'abstenir de toute violence et l'engagea à ne pas se bercer de l'idée que les impôts disparaîtraient entièrement, comme s'il avait la conviction que cet espoir devenait général.
On m'entoura de nouveau quand il se fut retiré, on se montra soupçonneux, menaçant; la position ne me semblait rien moins que plaisante, surtout lorsque quelqu'un proposa de s'assurer de moi jusqu'à ce que des personnes connues se portassent mes cautions. J'étais sur le perron de l'hôtel, je demandai à dire quelques mots. Pour leur prouver que j'étais bien Anglais, comme je l'avais dit, je désirais expliquer une particularité des taxes dans mon pays, qui servirait de commentaire à ce qui avait été avancé par M. l'abbé, et que je ne croyais pas absolument juste. Il avait avancé, qu'il fallait que les impôts fussent acquittés comme on l'avait fait jusque-là; qu'ils dussent être payés, il n'y a pas de doute, mais non pas comme ils l'ont été, car on pourrait imiter en ceci l'Angleterre. Nous avons, messieurs, un grand nombre de taxes qui vous sont inconnues en France; mais le tiers état, les pauvres n'en sont pas chargés; ce sont les riches qui payent; toute fenêtre est imposée, mais seulement quand la maison en a plus de six; la terre du seigneur paye les vingtièmes et les tailles, et non pas le jardin du petit propriétaire; le riche paye pour ses chevaux, ses voitures, ses domestiques, pour la permission de chasser les perdrix de son domaine; le pauvre fermier en est exempt; bien mieux, le riche, en Angleterre, contribue au soulagement du pauvre. Vous voyez donc bien que si, suivant M. l'abbé, il doit toujours y avoir des taxes parce qu'il y en a toujours eu, cela ne prouve pas qu'elles doivent être levées de même; notre manière anglaise serait bien meilleure. Pas un mot de ce discours qui ne fût approuvé par mes auditeurs; ils parurent penser que j'étais un assez bon diable, ce que je confirmai en criant: Vive le tiers sans impositions! Ils me donnèrent alors une salve d'applaudissements et ne me troublèrent pas davantage. Mon mauvais français allait à peu près de pair avec leur patois. J'achetai cependant une autre cocarde, que je fis attacher de façon à ne plus la perdre. Le voyage me plaît moitié moins dans un moment de fermentation comme celui-ci; personne n'est sûr de l'heure qui va suivre. — 35 milles.
Le 27. — Besançon. Au-dessus de la rivière, le pays est montagneux, couvert de rochers et de bois; on y trouve quelques beaux points de vue. J'étais arrivé depuis une heure à peine, quand je vis passer devant l'hôtel un paysan à cheval suivi d'un officier de la garde bourgeoise; son détachement, aux cocardes tricolores, en précédait un autre de fantassins et de cavaliers pris dans l'armée. Je demandai pourquoi la milice (qui compte ici 1, 200 hommes, dont 200 toujours sous les armes) prenait ainsi le pas sur les troupes royales. «Par cette excellente raison, me fut- il répondu: les troupes seraient attaquées et massacrées par la populace, tandis qu'elle ne résistera pas à la garde bourgeoise.» Ce paysan, riche propriétaire dans un village où il se commet beaucoup de pillages et d'incendies, était venu chercher une sauvegarde. Les dégâts faits du côté des montagnes et de Vesoul sont aussi nombreux que repoussants. Bien des châteaux ont été brûlés, d'autres livrés au pillage, les seigneurs traqués comme des bêtes fauves, leurs femmes et leurs filles enlevées, leurs papiers et leurs titres mis au feu, tous leurs biens ravagés; et ces abominations n'ont pas atteint seulement des personnes marquantes, que leur conduite ou leurs principes avaient rendues odieuses, mais une rage aveugle les a étendues sur tous pour satisfaire la soif du pillage. Des voleurs, des galériens, des mauvais sujets de toute espèce, ont poussé les paysans aux dernières violences. Quelques personnes m'informèrent à table d'hôte que des lettres reçues du Mâconnais, du Lyonnais, de l'Auvergne, du Dauphiné, etc., rapportaient des faits semblables et la crainte où l'on était qu'ils ne se reproduisissent par tout le royaume. La France est incroyablement en arrière pour ce qui touche aux communications. Depuis Strasbourg jusqu'ici, je n'ai pas pu voir un journal. Ici, j'ai demandé le cabinet littéraire, il n'y en a pas; les gazettes, on les reçoit au café. C'est très aisé à répondre, mais moins aisé à trouver. Il n'y avait que la Gazette de France, pour laquelle, en ce moment, un homme sensé n'eût pas donné un sou. J'allai dans quatre autres maisons; les unes n'avaient pas même le Mercure; au café Militaire, le Courrier de l'Europe remontait à une quinzaine, et des personnes à l'air respectable s'entretiennent maintenant des nouvelles d'il y a deux ou trois semaines, et montrent clairement par leurs discours qu'elles ne savent rien de ce qui se passe. Dans toute la ville de Besançon, je n'ai trouvé ni le Journal de Paris, ni aucun autre donnant le détail des séances des états; c'est cependant la capitale d'une province grande comme une demi-douzaine de nos comtés anglais et contenant 25 000 âmes, et, ce qui est étrange à dire, la poste n'y vient que trois fois par semaine! Dans un moment où il n'y a ni droit de timbre ni censure, comment n'imprime-t-on pas à Paris un journal pour les provinces, en ayant soin d'en prévenir par des affiches et des placards le public auquel il serait destiné! On croit en province que les députés sont à la Bastille, tandis que la Bastille est démolie; et le peuple, dans son erreur, pille, brûle et dévaste. Cependant, malgré cette ignorance honteuse, on voit tous les jours aux états des hommes qui se disent fiers d'appartenir à la première nation de l'Europe, au plus grand peuple de l'univers! Croient-ils donc que ce sont les assemblées politiques ou les cercles littéraires d'une capitale qui constituent un peuple, et non la diffusion rapide des lumières parmi des esprits préparés par l'habitude du raisonnement à recevoir la vérité et à en faire l'application? Que cette affreuse ignorance de la masse sur ses intérêts soit l'oeuvre de l'ancien gouvernement, personne n'en doutera. Si, ce qu'il y a de grandes raisons de croire, la noblesse dans toute la France est traquée comme en Franche-Comté, il est curieux de voir cet ordre entier souffrir pareille proscription, comme un troupeau de moutons, sans opposer la moindre résistance. Cela confond de la part d'un corps qui a sous la main une armée de 150 000 hommes; sans doute, une partie de ces troupes se révolterait; mais on doit cependant bien compter que les 40 000, peut-être 100 000 nobles de France, pourraient remplir la moitié des rangs de l'armée royale d'hommes qui leur seraient unis par une communauté d'idées et d'intérêts. Mais il n'existe ni réunions, ni associations entre eux, ni relations avec les soldats; ils ne savent pas chercher sous les drapeaux un refuge pour défendre leur cause ou la venger; heureusement pour la France, ils tombent sans lutte et meurent sans qu'on les frappe. Ce mouvement universel de l'intelligence, qui, en Angleterre, transmet avec la rapidité de la foudre, d'un bout du royaume à l'autre, la moindre émotion ou la moindre alarme, ne se retrouve pas en France. Aussi peut-on dire, et peut- être avec vérité, que la chute du roi, de la cour, des pairs, des nobles, de l'armée, de l'Église et des parlements, est due aux suites mêmes de l'esclavage dans lequel ils ont tenu le peuple; que c'est, par conséquent, un juste salaire plutôt qu'un châtiment. — 18 milles.
Le 28. — Hier, à table d'hôte, quelqu'un raconta comment on l'avait forcé à s'arrêter à Salins, faute d'un passeport, et les ennuis qu'il y avait eu à subir. Je trouvai donc nécessaire de m'en procurer un, et me rendis pour cela au bureau, dans la maison d'un M. Bellamy, avocat, avec qui j'eus la conversation suivante: