«Octave! ô fou que tu es! tu as un pied de rouge sur les joues! D'où te vient cet accoutrement? N'as-tu pas de honte, en plein jour?

OCTAVE.

«O Cœlio! fou que tu es! tu as un pied de blanc sur les joues!—D'où te vient ce large habit noir? N'as-tu pas de honte, en plein carnaval?

CŒLIO.

«Quelle vie que la tienne! Ou tu es gris, ou je le suis moi-même.

OCTAVE.

«Ou tu es amoureux, ou je le suis moi-même.»

Morale du sermon: Octave va s'employer à faire recevoir son ami chez la belle Marianne.

C'est pour compléter la ressemblance entre ses deux héros et ses deux moi, que Musset a condamné le débauché des Caprices de Marianne à être le bourreau involontaire du personnage noble. Le Cœlio de la vie réelle était continuellement assassiné par Octave, qui exhalait aussi ses remords en lamentations poétiques, comme il le fait dans la pièce: «Moi seul au monde je l'ai connu.... Pour moi seul, cette vie silencieuse n'a point été un mystère. Les longues soirées que nous avons passées ensemble sont comme de fraîches oasis dans un désert aride; elles ont versé sur mon cœur les seules gouttes de rosée qui y soient tombées. Cœlio était la bonne partie de moi-même; elle est remontée au ciel avec lui.... Ce tombeau m'appartient: c'est moi qu'ils ont étendu sous cette froide pierre; c'est pour moi qu'ils avaient aiguisé leurs épées, c'est moi qu'ils ont tué.» S'étant dit ces choses sur le mal qu'il se faisait à lui-même, Musset prenait son chapeau et retournait aux «bruyants repas», aux «longs soupers à l'ombre des forêts». Cœlio ne ressuscitait que pour être tué de nouveau, et il avait chaque fois la vie un peu plus fragile.

Quant au sujet de la pièce, il est contenu dans une des épigraphes de Namouna: «Une femme est comme votre ombre: courez après, elle vous fuit; fuyez-la, elle court après vous».