Car alors je possédais vingt vaches,
Ochon, ochon, ochrie!
Qui paissaient là-bas sur la haute colline
Et me donnaient du lait.
Et là-bas j'avais trois-vingts brebis,
Ochon, ochon, ochrie!
Qui bondissaient sur les jolies collines
Et me donnaient de la laine.
J'étais la plus heureuse de tout le clan;
Tristement, tristement je puis gémir,
Car Donald était l'homme le plus beau,
Et Donald était à moi.
Lorsque Charlie Stuart arriva enfin,
Si loin, pour nous rendre libres,
Le bras de mon Donald était nécessaire
À l'Écosse et à moi.
Leur triste sort, qu'ai-je besoin de le dire?
Le droit dut céder à l'injustice;
Mon Donald et sa contrée tombèrent
Sur le champ de Culloden.
Ochon! ô Donald, oh!
Ochon, ochon, ochrie!
Pas une femme dans le vaste monde
Aussi misérable maintenant que moi[776].
Mais, outre celles-là, Burns semble avoir recueilli d'autres impressions, éparses par tout le pays. La répression, après la victoire de Culloden, fut une des plus atroces et implacables qui aient jamais éteint dans le sang les cendres d'une rébellion. Elle a laissé sur le duc de Cumberland une marque indélébile; il porte dans l'histoire le nom de boucher. Le pays entier fut saccagé de fond en comble; «on pouvait voyager des journées à travers les vallées dépeuplées, sans voir une cheminée fumer ou entendre un coq chanter[777].» Les hommes furent traqués et abattus à coups de fusils comme, des loups, les châteaux démolis, les chaumières incendiées, les troupeaux enlevés, les femmes et les enfants jetés nus, grelottants dans la nuit et les solitudes glaciales des monts[778]. On en voyait qui se traînaient derrière les pillards et imploraient un peu de sang ou les entrailles de leurs propres troupeaux. Ils périssaient de froid et de faim[779]. La sauvagerie des soldats était parfois plus hideuse, «ils furent coupables de toutes sortes d'outrages envers les femmes, la vieillesse et l'enfance[780].» Une mare de sang auprès de décombres calcinés était le tableau de tout le pays. Heureux lorsque les hommes pouvaient s'échapper, fuir à l'étranger pour un exil sans terme. On peut imaginer ce que des temps pareils voient de douleurs, de séparations, de déchirements, temps exécrés où toutes les figures ont des larmes. Une immense malédiction, faite de milliers de sanglots, de gémissements, d'adieux et de râles, monta de partout, des vallées, de la plaine, des collines, des monts, comme le cri de l'Écosse. Il sembla que le vent qui passait sur les bruyères portait des plaintes humaines et disait au ciel des choses douloureuses.
Dans une ode admirable de colère et de courage qu'il a appelée Les Larmes de l'Écosse, et qui le fera vivre comme poète, Smollett avait exprimé cette suprême affliction de sa patrie.
«Gémis, malheureuse Calédonie, gémis
Sur ta paix bannie, tes lauriers déchirés!
Tes fils, longtemps fameux pour leur valeur,
Sont étendus égorgés sur leur sol natal;
Tes toits hospitaliers
N'invitent plus l'étranger vers la porte;
Effondrés en ruines fumantes, ils gisent,
Monuments de la cruauté.
Oh! cause funeste, oh! matin fatal
Que les âges à venir maudiront!
Les fils se tenaient contre leur père,
Le père versait le sang de ses enfants.
Cependant, quand la rage de la bataille cessa,
L'âme du vainqueur ne fut pas apaisée;
Les abandonnés, les nus durent sentir
Les flammes dévorantes et l'acier meurtrier.