Mais j'étais hors de moi de voir leurs grimaces,
Leurs faces soupirantes, hypocrites, fières de la grâce,
Leurs prières de trois milles, leurs grâces d'un demi-mille,
Leur conscience élastique,
À ces gens que l'avidité, la vengeance et l'orgueil déshonorent
Plus encore que leur ineptie[231].
Il avait beau se tenir; dès qu'il parlait d'eux, la colère lui remontait à la gorge et il repartait de plus fort. Dans cette même pièce, à deux pas de ces regrets, il reprenait de plus belle:
Ô Pope, si j'avais les dards de ta satire
Pour donner à ces chenapans leur dû,
J'arracherais leurs cœurs pourris et creux,
Et je crierais bien haut
Leurs jongleries, leurs filouteries, leurs ruses
Pour tromper la foule.
Dieu sait que je ne suis pas ce que je devrais être,
Que je ne suis pas même ce que je pourrais être,
Mais j'aimerais vingt fois mieux être
Tout net un athée,
Que de me cacher sous les couleurs de l'Évangile,
Comme sous un écran.
Un honnête homme peut aimer un verre,
Un honnête homme peut aimer une fillette,
Mais la basse vengeance, la fausse malice,
Il les dédaigne toujours,
Et aussi de crier son zèle pour les lois de l'Évangile,
Comme quelques-uns que nous connaissons.
Ils ont la religion à la bouche,
Ils parlent de merci, de grâce, de vérité,
Pourquoi? pour donner du champ à leur méchanceté,
Contre un pauvre diable,
Et le pourchasser, par delà droit et pitié,
Jusqu'à la ruine.
C'étaient là de bien dangereuses paroles. On les sent encore vibrer de colère sourde et d'indignation. Elles permettent de concevoir les orages de haine et de rancune qui grondèrent dans le cœur de Burns pendant ces mois-là.
Toutes ses pièces anti-cléricales sont ramassées dans l'étendue d'un an et demi environ. Sauf une seule l'Alarme de l'Église, composée beaucoup plus tard, et due à un de ces moments de vie rétrospective qui transportent les hommes en arrière, elles appartiennent à la période de Mossgiel, et la plupart à l'année 1785. Mais Burns garda de ces aventures une rancune contre le clergé et chaque fois qu'il trouva l'occasion de glisser dans ses poèmes une méchanceté ou une insolence à son adresse, il n'y manqua jamais. C'était un souvenir de l'escabeau de pénitence.[Lien vers la Table des matières.]
II.
LE FLOT DE POÉSIE. — LA VISION.
Au courant de cette lutte contre le clergé, au milieu de ces troubles de colère, d'indignation et de rancune, sa vocation littéraire, d'un très beau mouvement et par une ascension assurée, se dégageait et se manifestait de telle façon qu'il fallait bien qu'elle devînt claire à tous les yeux. Après tant d'années de lectures, d'essais, d'observations, après une si longue et si opiniâtre préparation, ce trésor accumulé allait enfin s'ouvrir; les riches ressources et les économies prolongées de cet esprit se répandre tout à coup. Et au fur et à mesure de cette production, il n'est pas sans douceur de le voir prendre conscience de son génie, de voir son ambition, après des hésitations et des tâtonnements, d'abord mesurée et indécise, s'affermir, se hausser et regarder en face l'entreprise et l'effort.