Avec les plus belles fleurs
Tant que l'été durera et que je vivrai ici, Fidèle,
J'embaumerai la triste tombe; tu ne manqueras
Ni de la fleur qui est comme ta face, la pâle primevère,
Ni de la jacinthe azurée comme tes veines, ni non plus
De la feuille de l'églantine qui, pour ne pas la calomnier,
N'était pas plus douce que ton baleine.[571]

Qu'on se représente l'amas, les brassées de fleurs, sous lesquelles Milton fait disparaître le cercueil de son ami Lycidas: la hâtive perce-neige, la jacinthe, le pâle jasmin, l'œillet blanc, la pensée striée de jais, la violette, la rose moussue, le chèvrefeuille, et la pâle primevère qui penche sa tête pensive, et toutes les fleurs que portent les broderies du deuil[572]. Qu'on pense au plus surprenant poème qui jamais ait été écrit sur les fleurs, à cette admirable et touchante Sensitive de Shelley, avec sa galerie de fleurs, dont l'expression est rendue comme en une suite de pastels féminins, et dont les âmes délicates sont devinées et pénétrées comme par la sympathie d'un Ariel[573]. Et Wordsworth! Et tant d'autres: Herrick, Tennyson, Browning! Si on plantait sur la tombe de chaque poète anglais un seul pied de chacune des plantes qu'il a chantées, ils dormiraient tous sous des floraisons épaisses, et le parfum du printemps en serait augmenté.

Naturellement; les poètes ont fait usage de leurs connaissances florales pour en tirer des images. Les femmes ont été, par eux, comparées aux fleurs, de mille manières ingénieuses. On comprend que, s'il est un point difficile à rajeunir, ce soit celui-là. Les poètes contemporains s'en tirent en reportant leurs similitudes sur des fleurs rares et tropicales. Burns n'avait pas cette ressource. Cependant, ses petites offrandes de fleurs familières resteront parmi tant d'autres. Elles n'ont ni la variété, ni les luxuriances de coloris de certaines gerbées, mais elles sont si simples et si fraîches! Ce ne sont pas des bouquets assortis aux beautés fières et fastueuses de grandes dames. Les siens sont cueillis «en un champ voisin», et faits pour des corsages de paysannes simples et fraîches comme eux.

Oh! l'amour s'aventurera
Là où il n'aimerait pas être vu;
Oh! l'amour s'aventurera
Où la prudence était naguère;
Mais j'irai par cette rivière,
Et parmi ces bois si verts,
Et j'y formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Je cueillerai la primevère,
Première mignonne de l'année;
Et je cueillerai l'œillet,
L'emblème de ma chérie,
Car elle est un œillet parmi les femmes,
Elle est la fleur sans rivale;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Je cueillerai la rose entr'éclose,
Quand Phébus jette un premier regard,
Car elle est comme un baiser embaumé
De sa douce et jolie bouche;
L'hyacinthe est pour la constance,
Avec son bleu inaltérable;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Le lis est une fleur pure,
Et le lis est une belle fleur,
Et dans son sein délicat
Je placerai la fleur du lis;
La pâquerette est pour la simplicité
Et un air candide;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Je cueillerai l'aubépine,
Avec sa chevelure grise et argentée,
Là où comme un vieillard
Elle se tient dans l'aube;
Mais le nid du petit chanteur dans le buisson,
Je ne l'emporterai pas;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Je cueillerai le chèvrefeuille,
Quand l'étoile du soir est proche,
Et les gouttes diamantées de rosée
Seront ses yeux si clairs;
La violette est pour la modestie,
Il lui sied bien de la porter;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May.

Je mettrai autour du bouquet
Le ruban de soie de l'amour,
Et je le placerai à sa poitrine,
Et je jurerai par les cieux
Que jusqu'à ma dernière goutte de vie
Ce ruban restera noué;
Et j'en formerai un bouquet
Pour ma très chérie May[574].