Tandis que les alouettes de leurs petites ailes,
Battaient l'air pur,
Pour goûter l'haleine du printemps
Je sortis et marchai:
Gaiement l'œil d'or du soleil
Regardait par-dessus les hauts monts;
«Tel est ton matin, m'écriai-je,
Phillis, la jolie!»
Aux chansons insouciantes des oiseaux,
Heureux, je prenais ma part;
Et parmi ces fleurs sauvages
Le hasard me conduisit.
Doucement, sous le jour qui s'ouvrait,
Les boutons de rose inclinaient la branche;
«Telle est ta fleur, dis-je,
Phillis, la jolie!»
Au fond d'une allée ombreuse
Des colombes s'aimaient;
J'aperçus le cruel faucon
Saisi dans un piège.
«Puisse la Fortune être aussi bonne,
Et réserver un destin semblable
À qui voudrait te faire injure,
Phillis, la jolie![579]»
La plupart du temps, quand il prend un de ces canevas tout faits, il commence par y broder quelques jolis détails, curieux par la finesse du travail. Mais cette habileté d'ouvrier ne va pas jusqu'à la fin, et la pièce se termine par une touche de sentiment naturel, sincère, et qui contraste avec la simple dextérité du début.
Oh! joli était ce buisson de roses,
Qui fleurit si loin des demeures des hommes;
Et jolie était celle, et ah! combien chère
Qu'il abritait du soleil couchant.
Ces boutons de rose, dans la rosée matinale,
Comme ils sont purs parmi les feuilles si vertes!
Mais plus pur était le vœu de l'amant
Qu'ils entendaient hier dans leur ombre.
Sous son dais rude et piquant,
Combien douce et belle est cette rose cramoisie!
Mais l'amour est une bien plus douce fleur
Dans le sentier épineux et fatigant de la vie.
Que ce ruisseau écarté, sauvage et murmurant,
Avec ma Chloris dans mes bras soit à moi,
Je ne désirerai ni ne mépriserai le monde
Résignant à la fois ses joies et ses peines[580].
Dans la pièce suivante, cette donnée, si commune, d'un amoureux s'adressant à un oiseau qui gémit, donnée analogue à celle du sonnet de Ronsard:
Que dis-tu? Que fais-tu, pensive tourterelle,
Dessus cet arbre sec?—Las! passant, je lamente.—
Pourquoi lamentes-tu?—Pour ma compagne absente![581]