I
ÉVÉNEMENTS PRÉLIMINAIRES
a guerre d'Amérique qui coûta un milliard et demi à la France, les inondations et la grêle qui amenèrent la famine pendant l'hiver de 1788, avaient épuisé les finances du royaume, accru la misère du peuple et augmenté les embarras du gouvernement. Sur les conseils de Necker, Louis XVI voulut recourir aux emprunts, le Parlement refusa. Il tenta la convocation des notables qui se séparèrent sans rien résoudre. Alors le cardinal de Brienne proposa l'impôt du timbre et la subvention territoriale; le parlement refusa de nouveau: il fut exilé a Troyes. Bientôt rappelé il déclina encore tout pouvoir d'enregistrer ces impôts et demanda instamment la convocation des États généraux.
Ils furent convoqués pour le 5 Mai 1789 à Versailles.
C'est alors que des clubs se formèrent à Paris et en province: on y parlait des droits du peuple et le peuple apprit qu'il avait des droits.
Pendant ce temps les députés avaient rédigé les Cahiers de demandes; les trois ordres (noblesse, clergé et tiers état) s'étaient entendus pour obtenir des réformes sérieuses; le tiers surtout insistait au nom du peuple et, au nombre de ses justes revendications se trouvaient: la souveraineté de la nation, l'égalité devant la loi, l'inviolabilité de la propriété, la liberté naturelle, civile, religieuse, etc., etc., l'abolition des lettres de cachet et la démolition de la bastille tant comme forteresse menaçant la capitale que comme prison d'état.
Trompé par son entourage, Louis XVI ne comprit pas à quelle révolution les esprits étaient préparés. Il ne vit dans les demandes du tiers état qu'un désir exagéré d'innovation contre lequel il devait promptement réagir. Aussi le tiers fut-il abreuvé d'outrages ridicules. Il s'agissait de la vérification des pouvoirs: le tiers se rend dans la salle des États, les deux autres ordres s'abstiennent!
Las de tant d'arrogance et fatigué de tous ces tiraillements, le tiers, sur la proposition d'un de ses membres, l'abbé Siéyès, se constitue en assemblée nationale (17 juin 1789).